‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 202 sur 252 · CHAPITRE III. LES EXILÉS. 44 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. LES EXILÉS. 44 I

Dès 1868, pendant les premières négociations relatives à la fondation du Mans, la révolution d'Espagne éclatait. Le cri de Vive la liberté, mort à la reine! avait retenti à Cadix, à Barcelone, et bientôt à Madrid. Après avoir proclamé la liberté des cultes, d'association et d'enseignement, le gouvernement de Prim venait, avec la logique de la Révolution, de décréter l'expulsion des Jésuites. Les Pères furent chassés de Port-Sainte- Marie, de Léon, de Valladolid, do Carion, au milieu des clameurs d'une populace effrénée, et des larmes d'un peuple faible et honnête.

Dans leur détresse, les proscrits tournèrent les yeux vers la France et s'adressèrent à nos Supérieurs. Ils connaissaient la charité du P. de Ponlevoy.

Le P. Gelabert, provincial d'Aragon, lui écrivit : a Veuillez me dire si notre jeunesse pourrait trouver près de vous un port pour les débris de ce naufrage aussi furieux qu'imprévu. Je vous fais la même demande pour nos scolastiques napolitains. »

Le P. de Ponlevoy répondit avec empressement à cette demande. Mais les PP. Provinciaux de Lyon et de Toulouse ayant fait les mêmes offres, avec la même générosité, les jeunes Jésuites d'Aragon furent dirigés vers le midi de la France. Les philosophes et les juvénistes trouvèrent un asile à Aix, et les théologiens à Vais.

Un journal disait à ce propos : ce Tous les pays chassent les Jésuites ; on nous en accable ».

De son côté, le P. Labarta, Provincial de Castille, demandait pour les siens un asile en France. Le P. de Ponlevoy souscrivit immédiatement à cette demande et mit à la disposition des PP. castillans trois de nos maisons. Le P. Labarta, à la date du 8 octobre, remercia le P. Provincial de Paris, qui lui offrait aussi promptement cet utile concours.

Le temps ne fut point perdu. Cent soixante-huit Pères ou Frères furent accueillis avec empressement. La résidence de Poitiers s'ouvrit pour les novices. La maison d'Angers abrita les juvénistes, et les théologiens reçurent à Laval du P. Studer la plus généreuse hospitalité. Ces pauvres exilés nous arrivèrent, conduits par leur nouveau Provincial, le P. Gomez, dans les accoutrements les plus divers et l'état le plus lamentable. Mais Tamitié qu'on leur témoigna partout en PYance leur fit comprendre que la Compagnie de Jésus est une mère d'autant plus aimante que ses enfants sont plus malheureux.

Une fois installés à Laval, le P. de Ponlevoy écrivit en latin à ces hôtes bien-aimés, la belle lettre dont on va lire la traduction :

ce Je vous redirai ce que j'écrivais naguère à votre Père Provincial. Autant vos malheurs m'ont causé de peine, autant votre situation

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