CHAPITRE III. — LES EXILÉS. A
nouvelle me cause de joie. Il est bien consolant pour moi de subvenir avec une charité fraternelle aux nécessités de mes frères. Consolezvous à votre tour. Retenez bien ceci : Il y avait autrefois deux provinces, l'une à Madrid, l'autre à Paris. Ces deux provinces n'en font qu'une. Vous êtes sur une terre étrangère, mais toujours dans votre famille. Et je ne sais vraiment quels doivent être les plus heureux et les plus favorisés, des exilés ou des hôtes. Tout ce qui nous appartient est à vous; et tant que nous aurons un autel, un toit et une table, nous serons bienheureux de les partager avec vous.
a Ne craignez rien : si l'espace est étroit, le cœur se dilatera. Bien des choses vous manqueront tout d'abord; mais la tendresse industrieuse du R.-P. Recteur, les soins intelligents du P. Ministre, la charité affectueuse de vos frères suppléeront peu à peu à tout; et la sainte pauvreté sera votre Providence.
ce Allons! chers Frères, chers compagnons de Jésus, je vous salue et vous embrasse tous et chacun d'entre vous. Mais cela ne me suffit pas. Je compte bientôt vous visiter, et jouir de votre vue et de votre amitié *. »
Fidèle à sa promesse, le R. Père s'empressa d'aller voir les nouveaux frères et de leur faire
I. Voir plus loin aux pièces justificatives le texte latin de cette lettre. Appendice B.
oublier à force de charité les douleurs de l'exiJ. Un an après, quand éclatèrent nos tristes événements, les Pères espagnols quittèrent Laval pour se rendre soit en Espagne, soit dans ]e midi de la France, et le P. Portés, leur ancien supérieur, écrivit au P. de Ponlevoy :
« Mon Révérend Père, P.C.
ce C'est au nom de tous les PP. et FF. espagnols qui ont eu le bonheur de vivre presque deux ans à Saint-Michel de Laval, et aussi eu mon propre nom, que je viens aujourd'hui vous faire mes adieux les plus affectueux... Je vous renouvelle, mon R.-P., les témoignages de notre plus vive reconnaissance pour la bonté maternelle avec laquelle vous nous accueillîtes dans votre province et dans cette admirable maison de Saint-Michel, oii nous trouvâmes un Père tout plein de sollicitude à notre égard, et des Frères nombreux n'ayant qu'un cœur et qu'une âme avec nous. Merci, mon Révérend Père, encore une fois, merci. »
Les mêmes actions de grâces furent envoyées par le P. Feliù, au nom de nos Pères d'Angers.
Anticipons. Nous voici en 1873. La persécution, selon le vœu de saint Ignace, continuait à sévir contre la Compagnie de Jésus. Les PP. espagnols avaient été proscrits; les Jésuites français avaient payé de leur sang leur dévouement