‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 205 sur 252 · CHAPITRE III. — LES EXILES · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — LES EXILES

Mais là ne se borna pas sa charité :

« A peine quinze j ours s'étaient-ils écoulés depuis notre arrivée, raconte un des exilés, que le P. Provincial voulut savoir par lui-même si nous étions pourvus de tout ce quiest nécessaire. Après avoir visité la maison, il s'aperçut que nous étions à l'étroit. Il nous offrit immédiatement le nouveau bâtiment d'Angers pour y transférer nos novices. Puis, prenant à part notre P. Ministre : « Mon Père, lui dit-il, je veux que vous ne manquiez de rien, et je vous recommande instamment de vous adresser au P. Procureur de Laval chaque fois que vo"us aurez besoin de quoi que ce soit. »

Ces attentions délicates lui attachaient le cœur de sa nouvelle famille. Aussi, ses enfants des Alleux trouvaient-ils trop courtes les visites fréquentes qu'il leur rendait. Un jour entre autres, au moment où il allait se retirer, une pluie torrentielle lui barra le chemin du retour : « Allons, dit-il joyeusement, je vois que vous voulez imiter sainte Scolastique et appeler l'orage pour retenir votre hôte. »

Miracle ou non, plus tard, il fit allusion à ce petit souvenir dans une réponse à une lettre de remercîments.

oc Vous voulez bien me remercier, vous et vos chers enfants, et par ce seul fait, vous changez aussitôt les rôles, et vous m'obligez à vous remercier tous moi-même, ou du moins, quittes à

l'égard les uns des autres, nous irons tous ensemble, comme des frères, bénir notre tuteur commun, le bon saint Joseph.

o: Il est bien sûr que l'annéédernière, dans votre détresse d'exilés, s'il vous a été bon de recevoir l'hospitalité, il nous a été meilleur encore de vous l'offrir. N'est-ce pas ; Quoniam dixit^ Dominus Jésus : Beatius est raagis dare, quani accipere *? C'est donc ainsi qu'on pense dans la Compagnie, et que n'eussiez- vous pas fait pour nous à notre pl-ace! Veuillez le croire, mon Révérend Père, je conserve toujours un très-doux souvenir de cette chère famille des Alleux, de la charité qui la caractérise et de cette paix super ornnein sensum^ qui est comme une indemnité de l'exil et de la persécution.

ce Je le sais par une double expérience, vous fêtez tous vos visiteurs ; aussi se fait-on une fête d'aller vous voir. Quoi! ne mettez- vous pas le ciel même de la partie ; et faute de mieux, à la manière de sainte Scolastique, vous appelez un orage pour retenir votre hôte. »

Ainsi, d'après cette lettre, le P. de Ponlevoy était l'obligé de ceux qu'ilassistait. MaislesPères exilés ne l'entendaient point ainsi, et leurs Provinciaux le déclarèrent nettement.

Voici comment se terminait la lettre du P.

I . Il est plus heureux de donner que de recevoir (Act. XX, 35 \

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