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Dans la croix, le salut. (Im. xn, 2.j

CHAP. IV. GUERRE ET COMMUNE. A6i

de soleil entre deux orages. Non-seulement on apprit alors que nos Pères de Marseille, de Lyon, de Rouen, du Mans, de Metz, d'Amiens, avaient survécu pour la plupart aux horreurs de la guerre civile, au fléau de la petite vérole, ou aux obus prussiens, mais qu'ils avaient donné sur ces divers théâtres l'exemple des plus nobles vertus.

Sans doute, hélas! il y avait eu des victimes. On avait bien souffert, et surtout des malheurs de la France. Mais on avait souffert pour Dieu et la patrie.

Les traits de dévouement de nos élèves, officiers ou soldats, nous ravissaient. Oh! combien parmi eux étaient restés sur le champ de bataille, qui, malgré tout, était pour eux un champ d'honneur! que de jeunes officiers brillants d'avenir avaient disparu! que de deuils dans les familles! Quelle douleur pour nous! nous les avions tant aimés! Et cependant nous étions heureux. Car nous apprenions que nos enfants avaient été fidèles aux leçons de leurs maîtres et au drapeau de la France ; qu'ils s'étaient battus comme des braves, et qu'ils étaient morts comme des chrétiens*.

I. On peut consulter sur ces victimes glorieuses : lo Jes Souvenirs de l'école Sainte-Geneviève, par le Père Chauveau; 2° Souvenirs de Metz ; l'École Saint-Clément, ses élèves ses derniers jours, par le Père Didierjean, de la Compagnie de Jésus. Paris, Baltenweck.

Le P. Général avait bien pressenti cette joie. Il écrivait au P. de Ponlevoy :

ce Votre arrivée à Paris a dû être pour tous les nôtres une grande consolation. Puisse notre divin Maître dédommager largement nos Pères et Frères de France de tout ce qu'ils ont souffert jusqu'ici! Nous prions toujours beaucoup pour votre chère patrie; et nous attendons avec impatience quelques bonnes nouvelles d'au-delà des monts. »

Et le P. Général ajoutait : « Dans ma maladie, je n'ai jamais omis de prier pour nos pauvres provinces. »

Pendant toute la guerre, il n'avait cessé de joindre ses encouragements à ses prières. « Votre bonne lettre du 3i décembre, écrivait-il au P. de Ponlevoy, celles qui ont suivi, nous signalent encore, avec de nouvelles épreuves, de nouvelles bénédictions.

« Vraiment, mon cher Père, nous ne pouvons assez remercier Notre-Seigneur Jésus-Christ de sa protection visible sur sa petite Compagnie, au milieu des terribles circonstances que nous traversons. Il daigne soutenir nos religieux, les animer de son esprit; et généralement ceux de nos Pères et Frères qui ont le plus à travailler et à souffrir, se montrent à la hauteur de leur sainte vocation. Oh! comme la tribulation acceptée delà

main de Dieu et pour son amour, élève, fortifie et transforme les âmes !

ce Tout en félicitant nos religieux de leurs bonnes dispositions, ne cessez, je vous prie, de leur recommander le plus efficacement possible l'esprit de prière et de mortification, l'amour du travail et de l'étude, l'abnégation, le zèle, l'exercice ou la préparation de toutes les vertus apostoliques. C'est par là que nous mériterons les bénédictions de notre divin Maître, et que nous deviendrons les ouvriers de sa gloire, les instruments de sa miséricorde. »

Ainsi, souffrances endurées avec -courage, dévouement à la patrie et à TÉglise, vertus et prières recommandées, voilà toute la tactique des Jésuites.

Le P. de Ponlevoy avait suivi cette direction; il n'avait cessé de fortifier les âmes pendant la guerre. Une nouvelle occasion allait s'offrir à sa charité. Revenant à Paris, il avait vu avec un sentiment de dégoût les ruines du château et de la ville de Saint-Cloud.

a Quel vandalisme ! s'écriait-il ! C'est depuis l'armistice qu'on a pillé d'abord et brûlé enfin! Les Prussiens s'en iront avec des trésors de haine! »

Mais il n'était pas sans voir une haine plus menaçante encore. « Que la France est malade,

ecrivait-il le 24 février et quelle cure il faut pour la guérir! Percutiendo sanas. » Ce mot est vrai à la lettre. Il disait ensuite avec un accent prophétique : « Sommes-nous à la fin et allons-nous retrouver la paix dans l'ordre? on présume qu'auparavant une crise est inévitable. Deus misereatur nostri! »

Ces pressentiments s'aggravaient le 7 mars :

a Paris n'est pas calme, il s'en faut beaucoup. Il faut presque un miracle pour que nous échappions à la guerre civile, et nous ne le méritons guère.

ce Mon Dieu! vous êtes près de nous, mais que nous sommes donc encore loin de vous ! »

La crise arriva comme il l'avait prévu; crise épouvantable, conséquence des doctrines impies prônées, des haines sociales entretenues, des espérances célestes arrachées aux âmes.

On se rappelle que, dans les premiers jours, le parti de l'ordre voulut opposer une pacifique protestation à l'émeute, des hommes énergiques allaient braver sans armes une féroce insurrection. Plusieurs d'entre eux reçurent la mort pour prix de leur courage. Parmi eux, un jeune pénitent du P. de Ponlevoy, Paul Odelin. Sa mère eut la force d'assister au service funèbre. Ce jour-là, le P. de Ponlevoy lui écrivit :

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ce Madame,

a II a donc fallu un sang innocent, et notre pauvre et cher Paul a été désigné pour victime. En ce moment même, vous revenez à peine de la douloureuse cérémonie : deux de mes Frères qui nous y représentaient ont vu la mère debout auprès du cercueil où gisait son fils...

a Dieu seul peut dire au cœur d'une mère une parole de consolation. Oh! j'en suis sûr, il vous l'a dite déjà, et vous avez trouvé en lui une force grande comme votre douleur. Que notre cher enfant, lui, se repose donc déjà des tristesses et des horreurs de ce monde! Il a passé, n'ayant guère connu de la vie que ce qu'elle a de meilleur, la paix d'un cœur pur et les joies d'une famille chrétienne. La Providence lui a épargné le reste... »

Cette lettre, encore adressée de Paris le 25 mars, ne partait pas de la rue de Sèvres. Le P. de Ponlevoy avait quitté notre maison le 20, et s'était retiré dans un quartier plus tranquille, o: C'est là que, le 26, le P. Olivaint vint me trouver, écrit-il dans les Actes de la captivité et de la mort de nos Pères. Il msista pour obtenir mon départ de Paris déjà presque assiégé; encore un peu, les communications allaient être coupées; les chemins de fer ne prenaient plus de bagages, et bientôt sans doute ne prendraient

plus même de voyageurs. Pouvions-nous prévoir que cette entrevue serait la dernière? Et c'était lui qui s'exposait, se perdait même en voulant me sauver! Le iS mars, avant de partir, je me rendis encore une fois, à travers les barricades, les canons et la foule armée, à l'école Sainte-Geneviève. Je vis, pour ne plus le revoir, le P. Ducoudray, et nous arrêtions ensemble des mesures c[ui devaient rester sans objet. »

Parmi ces mesures, il en était cependant une qui allait être exécutée : ce fut le transfert de l'école Sainte- Geneviève dans notre maison de campagne d'Athis. De son côté, le P. Recteur de Vaugirard avait installé aux Moulineaux, dans la villa du collège, les élèves qu'il avait eu le courage de garder pendant toute la durée du siège.

Le P. de Ponlevoy visitait le dimanche 2 avril, ce campement studieux. Fort peu rassuré, il ranimait tout le monde, les parents suriout venus pour le parloir. Tout à coup, vers deux heures de l'après-midi, plusieurs coups de feu retentissent dans la rue qui longe la propriété. Les hostilités commençaient. Les parents reprennent à la hâte le train c^ui, pour la dernière fois, mène des voyageurs à Paris; le P. de Ponlevoy retourne à Versailles. Les enfants et les Pères attendent de pied ferme.

Le lendemain matin commença la sortie torrentueuse comme on l'appelait, et la grande ba-

taille du 3 avril. Les Moulineaux furent envahis par les gardes nationaux. Ils arrêtèrent quatre Pères comme otages, avec injonction de leur montrer les gendarmes qu'ils supposaient cachés dans le parc. Ces braves gardes nationaux s'abritaient derrière les religieux en les chargeant d'injures. N'ayant point trouvé de gendarmes, ils relâchèrent leurs captifs et marchèrent au combat. On en connaît l'issue; la déroute fut complète, et les mêmes Pères qu'ils avaient arrêtés le matin, les virent défiler piteusement pendant trois heures, disant : a C'est honteux! que pensera-ton de nous à Paris ! »

Le collège de Vaugirard était sauvé par la protection de Marie sa patronne; mais il était sérieusement menacé, placé entre les feux croisés des deux armées rivales. Le surlendemain matin, cent élèves quittèrent les Moulineaux, non sans danger, et allèrent à Saint-Germain improviser une nouvelle rentrée î Grâce à l'active bienveillance des religieuses de la Mère de Dieu et du P. Recteur, les classes furent rouvertes le lendemain, dans une maison difficilement capable de recevoir un nombreux collège. Le P. de Ponlevoy avait tout approuvé. Les fugitifs allèrent le visiter en passant à Versailles. Il encouragea de sa présence cette fondation d'un genre nouveau; heureux s'il n'avait pas eu d'autre motif d'inquiétude !

Mais, comme il l'écrivait alors, le 4 avril, son âme était pleine d'angoisses.

a Toute communication est absolument rompue entre Versailles et Paris, si ce n'est depuis trois jours, à coups de fusil et de canon, on se bat à outrance entre frères. Ces misérables de Paris, ne sont-ce pas les pires de tous les ennemis? Ennemis de Dieu et de la patrie! Hier matin, j'ai pu savoir que tous les nôtres allaient bien. Mais quelle semaine sainte! On vient d'abattre la croix du Panthéon pour la remplacer par le drapeau rouge!

« Au bruit du canon, paix en Notre-Seigneur. »

Les espérances que renfermait cette lettre, allaient bientôt s'évanouir, et le samedi saint le P. de Ponlevoy écrivait ces lignes énergiques :

« J'ai votre lettre du 5. Je ne vous dis qu'un mot; mon âme est triste. Ah! priez que Jésus nous soit Jésus! Nos maisons envahies et dévastées; nos PP. et FF. qu'on a pu saisir, incarcérés à la Conciergerie et à Mazas; dans le nombre, les Pères Olivaint, Ducoudray, Caubert, etc. Je m'attends à des horreurs. Tous les démons du monde sont â Paris.

ce En union au pied de la croix, priez et criez : Sauvez -nous, nous périssons! »

11 faut lire, dans l'ouvrage qu'il composa deux mois après, l'histoire de l'arrestation et des souffrances de ces héroïques victimes.

C'était Dieu lui-même qui manifestait sa volonté et réclamait un sacrifice. Le lundi 3 avril, pendant la grande bataille, les Pères de l'école Sainte-Geneviève étaient accourus de leur campagne d'Athis pour assister aux obsèques du P. de Poulpic{uet. Le lendemain, ils devaient repartir. La nuit du lundi au mardi, de minuit à une heure, ils sont réveillés par les décharges d'un bataillon de gardes nationaux.

C'est bien parce que ces religieux sont désarmés qu'on entre chez eux sous le prétexte vulgaire de chercher des armes. Les PP. Ducoudray. Clerc, de Bengy et d'autres sont arrêtés au nom de la liberté et conduits à la Conciergerie.

Le soir, à la rue de Sèvres, le P. Olivaint, malgré plusieurs avertissements, attend de pied ferme, et est heureux de donner sa vie pour Jésus-Christ.

On les emprisonne, ces hommes si dangereux! Cinq d'entre eux sont incarcérés à Mazas. « A dater du i3 avril, écrit le rédacteur de ces Actes^ ie crois en vérité écrire un épisode des catacombes. » Oui, dès ce jour, plus de doute; guerre à outrance entre Tordre et la démagogie.

Le 17, le P. Provincial fait connaître à des amis leur histoire et la sienne : « D'ici, je puis donner la main à mes frères en péril. Chaque jour je reçois des messages furtifs. Je recueille

des revenants qui s'évadent de cet enfer. Quel-! ques-uns des nôtres ont été libérés et ont pu se sauver sous tous les déguisements imaginables... Oh! que j'ai peur! nous avons affaire à de vrais démons, la haine et la rage, la grossièreté et la férocité combinées. Plusieurs des nôtres restent et désirent rester à Paris pour le service de tant d'âmes en détresse. Après cela, je suis un peu, beaucoup consolé par la grâce de Notre- Seigneur, par le dévouement admirable de nos amis jusqu'à la mort, et enfin par l'héroïsme de nos chers persécutés. »

Cet héroïsme était grand. Il respire, dans leur amour pour Jésus qu'ils reçoivent comme par miracle, dans leur charité pour les prisonniers, dans leur zèle â les convertir, dans d'admirables lettres comme celles-ci :

a Nous touchons au bas-fond de la crise, dit le P. Ducoudray. Dès le premier jour, je me suis tenu prêt à tous les sacrifices; car, j'en ai la douce et forte confiance, si Dieu fait de nous, prêtres et religieux, des otages et des victimes, c'est bien inodiuyn fîdei, in odium norninis Christi Jesu \ »

<t O prison, chère prison, s'écrie le compagnon du P. Ducoudray, le P. Clerc, toi^dont j'ai baisé les murs en disant : « O bona crux, » quel bien lu me vaux. Si je dois te quitter pour ne pas

î. En haine de la foi. en haine du nom de Jésus-Christ.

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aller à la mort, j'en aurai un regret que la seule soumission à la volonté de Di eu pouf rait calmer! »

Soutenu, comme le P. Clerc, par le Dieu de l'Eucharistie, le P. Olivaint écrit de son côté :

a Nous touchons au dénouement. A la grâce de Dieu! Que Notre-Seigneur est bon! Si vous saviez comme, depuis quelques jours surtout, ma petite cellule me devient douce! » Depuis quarante-six jours qu'il y fait sa retraite, il est presque jaloux de saint Ignace : ce Ah! si je pouvais au spirituel avoir cette ardeur du généreux Basque qui a fait les Exercices! »

Le P. Caubert se montre à M. Rousse, qui s'offre à le défendre, a sans inquiétude, très-heureux d'accomplir ce que Dieu lui demande », Après sa retraite, il étudie la vie intérieure de Marie; et ses méditations, « l'aident, écrit-il, à recommander à la sainte Vierge Paris et la France. »

Le P. de Bengy n'adresse qu'une ligne à ses amis, qu'il ranime par ce refrain perpétuel : « Courage et confiance. »

En voyant avec quelle allégresse s'exprimaient ses compagnons prisonniers, on peut se demander si le P. de Ponlevoy ne fut pas plus crucifié que ses frères. Le P. Olivaint le soupçonnait bien, quand il écrivait au P. Lefèvre : « Un mot surtout à Armand. Comme je pense à lui! Il soulïre plus que moi, j'en suis sûr. »

Ceux qui ont abordé le P. Provincial pendant ces deux mois, savent quelles étaient ses angoisses. Une vivait plus; et cependant, il encourageait tout le monde. « A Paris, nous sommes toujours entre les mains de Dieu, c'est ce que je puis dire de plus rassurant. »

Sachant combien la discipline régulière ranime aux jours d'orage, il en recommandait les prescriptions au remplaçant du P. Ducoudray : « La règle garde l'esprit, et l'esprit garde nos cœurs. Que nous avons besoin du sursum corda! Humainement, j'ai l'àme triste jusqu'à la mort. Mais n'importe, restons debout auprès de la croix, et pour être dignes de nos chers captifs de Paris, et pour leur être utiles, travaillons au moins pendant qu'ils souffrent. »

Puis, il adressait successivement aux Pères toutes les nouvelles qu'il recevait de leur cher supérieur.

Le 20 mai, il était tellement frappé du sort probable des otages, que, malgré l'entrée des troupes à Paris, il écrivait : « Tout semble désespéré : c'est l'abomination de la désolation, la rage du désespoir. Et les nôtres sont dans cet enfer comme dans un paradis... Il en est de la Commune comme de son chef, » discerpens exiV,

Le 28 mai, il ignorait encore l'affreuse vérité.Les

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