‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 22 sur 252 · CHAPITRE PREMIER. PREMIERES ETUDES · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. PREMIERES ETUDES

d'avoir répétition de philosophie, à mon grand désespoir. •» '

Aces temps sombres succède un beau jour; le ton du poëte-philosophe s'inspire de l'azur du ciel, et devient lyrique :

œ Jeudi, nous avons dirigé nos pas vers la maison de campagne. C'est, il faut l'avouer, une belle promenade que celle-là : on se croyait quasi en vacances. Voilà ce que j'aime, moi! Je ne veux point de partage. Que le jour soit tout entier au plaisir ou au travail ! Je me suis occupé à chercher des nids, et mes recherches n'ont pas été infructueuses. J'ai délivré la terre d'un reptile effroyable ; j^ai opposé une digue aux flots impétueux d'un torrent. D'un pas rapide, je me suis avancé fièrement à travers les eaux étonnées et tremblantes sous mes pas. J'ai prêté l'oreille aux accents de la tendre Philomèle; enfin, après de si glorieux exploits, je m'en suis revenu au gîte me reposer sur mes lauriers. »

Cette description plaisamment solennelle, écrite dans un style où se mêlent des réminiscences de Bossuet et de Fénelon, peint au vif notre jeune étourdi. Mais tous ceux qui ont connu le P. de Ponlevoy trouveront sans doute que la grâce, en le sanctifiant, n'avait pas détruit la nature. Il fut toujours charmé, comme saint François de Sales, des beautés divines de la création; et jusqu'à la fin de sa vie, de ce ton à la fois doux

iS LIVRE PREMIER. FORMATION.

et naïvement spirituel, il aimait à parler des oiseaux, des champs, des -ruisseaux, et avait une horreur instinctive de tous les petits monstres.

Cependant l'ennui, si voisin de l'oisiveté, source de tout mal, au dire de l'Ecriture sainte*, devait porter ses fruits. Il inspirait évidemment contre le surveillant M. C***, une sorte de répulsion dont Armand ne se rendait pas compte, et qui devait aboutir à une crise.

Déjà, le mardi n, à la suite d'une dissension intestine avec son contuhernal, Armand, le remords dans l'âme, écrivait : « Périsse la mémoire de ce jour! » Mais voici, quarante-huit heures après, la plus grande faute de cette période, la plus coupable de sa vie, d'après son Mémorial.

« Jeudi i3. — Ce matin, quelque diable me poussant, j'ai eu l'étôurderie de sortir du réfectoire, pendant le déjeuner, sans l'assentiment de M. C*"*, présidant à icelui. Cette gentillesse m'a attiré une verte réprimande que cet enfant du roc/zer m'a adressée dans sa chambre où il m'avait mandé. Bref, il m'a intimé l'ordre d'évacuer le réfectoire, jusqu'à ce que je lui aie présenté la recommandation de M. le Supérieur. Cette punition ne m'a plu qu'à moitié, et si je n'avais dédaigné le rôle de suppliant, j'aurais prié le bon Père de commuer la peine. Au reste, il a pré-

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