‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 211 sur 252 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LE MAITRE ET LE xMODELE DES NOVICES

Déjà plusieurs fois le P. de Ponlevoy s'était effrayé de sa prétendue incapacité. Jamais peutêtre il n'en fut plus pénétré que dans sa retraite de 1872. On a lu cet humble aveu dans la préface de cet ouvrage, ce Pauvre instrument dans la main divine ! j'ai parlé sans savoir et sans penser; j'ai écrit sans avoir de style; j'ai gouverné sans pouvoir me gouverner moi-même. Tout cela tient du miracle! »

Ses inférieurs ne partageaient pas cette opinion; son supérieur, le P. Général, moins que personne. Nous l'avons déjà vu. A de nouvelles instances faites cette année, le P. Beckx répondit par un nouveau refus. « D'après l'avis unanime des consulteurs, il est prudent, dit-il, de laisser

fibOL LIVRE III. LE GOUVERNEMENT RELIGIEUX.

à son poste l'excellent P. Provincial. Continuez donc, mon cher Père, de remplir avec la bénédiction de Notre-Seigneur l'importante mission qui vous est confiée... Quand viendra l'automne, nous tâcherons, si rien ne s'y oppose, de vous accorder enfin le repos désiré. »

Ce vœu ne put être accompli cette année même. Mais il fallut céder à des instances réitérées et que motivait une santé délabrée. Le P. de Ponlevoy fut remplacé le 1 5 août 1873, par le P. maître des novices d'Angers : « Eh bien, écrivait-il ce jour-là même, c'est un fait! J'ai été délivré, et je reste libre et encore nul. »

Il vint passer quelques jours à Paris. Quelle joie pour lui! Il était débarrassé d'un lourd fardeau qu'il se croyait incapable de porter. Après vingt-deux ans de gouvernement, il était heureux et naïvement étonné de se trouver de si grand loisir. Il se dépouilla promptement de tout ce qui lui était étranger. Celui qui l'aidait à faire ce déménagement était charmé de voir un homme si grave redevenir enfant. Le bagage personnel du Père, réduit par l'esprit de pauvreté, pouvait tenir dans un tiroir de bureau.

Mais cette joie ne devait durer que quelques jours. Le P. de Ponlevoy fut appelé bientôt à remplacer le nouveau Provincial, en qualité de maître des novices. Il allait rester un an à Angers, le temps nécessaire pour se former un succès-

Page 1