CIIAP. V. LE MAITRE DES NOVICES
tôt! déjà! Hélas ! le saint vieillard aurait bien dû épargner Marie.
oc Ordinairement on ne dévoile pas de pareilles douleurs. On attend à la dernière heure pour donner la coupe de fiel à une mère; encore veuton par des insinuations timides qu'elle la prenne elle-même. Mais, à Marie, le glaive lui est plongé dans le cœur dès le matin de ses joies maternelles. Eh bien! oui, Marie n'a élevé Jésus que pour la croix; et chaque jour il me semble qu'elle se jetait au pied de cette croix pour couvrir Jésus, pour le sauver de la lance qui devait lui percer le cœur ! »
Dans la méditation de Notre-Seigneur quittant Nazareth, voici une réflexion bien fortifiante : « Marie est seule; Joseph n'est plus, et Jésus vient de la délaisser. Elle n'a plus que des souvenirs. Désormais Jésus lui donnera un nom sans amour; il l'appellera a femme » et non plus ce mère ». Marie ne se laisse pas abattre. Elle pensera à Jésus et vivra pour lui.
« Dieu traite ainsi les saints : il ne rencontre pas d'obstacles en eux. Mais chez eux il y a encore de la faiblesse ; il les ménage un peu. Pour Marie, rien de semblable. Sa vie fut un martyre et voilà comme Jésus en use avec ceux qu'il aime. »
Cette spiritualité est haute et forte. C'est ainsi qu'il faut former les apôtres de Jésus-Christ. Ils auront beaucoup à soufî'rir comme leur Maître ;
ils devront encourager les âmes éprouvées. Et comme ce courage vient d'en haut, à la résignation, il faut joindre la prière.
Le P. de Ponlevoy donne à ses novices comme modèle de la prière apostolique, celle de Jésus- Christ sur la montagne : « Pour être un apôtre, il faut se séparer, et vous trouverez dans cette solitude la meilleure compagnie; le tête-à-tête avec Jésus. C'est là que vous recevrez votre pain de chaque jour et de chaque heure. C'est là que vous puiserez la force pour supporter tous les mécomptes ; et il y en a d'amers. » — La prière vous donne encore le souvenir de Notre-Seigneur. Il priait sur la montagne et il prie encore : pensée qui me touche et me fait un bien immense. Oui, Il prie encore au saint tabernacle... Tout est mystère dans ce sacrement : l'Eucharistie me semble comme un promontoire de l'éternité qui s'avance dans le temps. Montez à la cime : Jésus y est, dominant toutes choses. Que fait-il? Il est là pensant à nous, priant pour nous, souffrant avec nous, partageant nos combats, nos dangers... Allons, courage! Vous pensez parfois être seul; mais jamais! regardez la sainte Eucharistie; Jésus vous voit... et vous serez consolés. »
A la fin de la grande retraite, après la belle contemplation sur l'amour de Dieu, le P. de Ponlevoy disait à ses chers novices : « Entrés dans les Exercices le 2 1 novembre, vous pensiez