CHAP. V. — LE MAÎTRE DES NOVICES
en sortir bientôt, et aujourd'hui 21 décembre, après un mois écoulé, je vous demande d'y rester encore, d'y demeurer même toujours. Et ne dironsnous pas : ce II fait bon d'être ici! » Allons, il est temps enfin de vous révéler mon intime désir. Plus tôt eut été trop tôt. Vous avez fait les Exercices, vous avez donc appris à apprendre. Apprenez encore plus et vous saurez : comprenez encore mieux et vous goûterez. »
C'est en exhalant ce parfum d'amour que l'âme du P. de Ponlevoy se répandait à la fin desE:<ercices donnésau noviciat. Heureux novices d'avoir eu un tel maître et d'avoir reçu de tels enseignements !
L'explication quotidienne des règles suivit la grande retraite. Le P. de Ponlevoy en écrivait le canevas sur des feuilles volantes. Toutes ces leçons, réunies et collectionnées, forment un trésor de spiritualité. « Jamais je n'aurais cru, disait-il, que l'on put tirer tant de choses de cette étude. »
Prenons au hasard quelques-uns de ces petits sommaires.
Expliquant la règle qui oblige le religieux à dire en rendant le compte de conscience quel fruit il a retiré de ses exercices de piété et quel courage il ressent pour le salut des âmes, il ajoutait : « La Compagnie, pour bien juger de nous dans le présent, constate le fruit de nos mains, parce que
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c'est le témoignage le plus véridique du passé, et interroge le battement de nos cœurs, parce que c'est le meilleur garant de l'avenir... A chacun de se dire : Queni fructian? Quel fruit? Je pourrais profiter même du mal et je ne profite pas même du bien. Qi^e??! aniinwn? Quel courage du cœur pour la perfection. — Il faut aspirer au parfait. Soyez donc exigeants et vous serez contents. Chaque soir, dites : Quem fructum? Chaque matin : Quem anhnwn? Dites tous les jours : Arnpliiis; le Maître vous dira un jour : Satis. »
Voilà en quelques mots le secret de la perfec-' tion; et si nous y joignons, pour un religieux de la Compagnie surtout, l'amour de l'obéissance, nous aurons le code tout entier* Les règles et la voix du supérieur en sont l'expression. Le P* de Ponlevoy explique cette double action dans le canevas de conférence qu'on va lire.
a A presque toutes les règles communes on voit apposée cette clause sacramentelle : à l'insu, sans Taveu du supérieur.
a Donc^ dans la Compagnie, presque tout d'une part, sauf les vœux et tous les points substantiels de l'Institut, presque tout, dans les cas particuliers, est confié au pouvoir discrétionnaire, mais discret du supérieur; et de l'autre, presque rien n'est abandonné au vouloir arbitraire des inférieurs.
a De là provient :
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ce 1° Pour les règles, une grande fermeté unie à ■ une grande souplesse, quelque chose de strict et de large, de fort et de suave. Elles se plient sans rompre; une exception autorisée les confirme.
ce 2° Pour les supérieurs, une grande autorité sur leurs inférieurs, mais pour le bien seulement, et par contre, une grande responsabilité. Euxmêmes sont à la fois les sujets de la règle, ses dépositaires et ses arbitres; ils ont à l'observer, à la faire observer et à en dispenser.
ce ^^ Pour les inférieurs : i° une continuelle dépendance de la règle ou du supérieur, ce qui est 1a même chose, c'est-à-dire de Dieu. Mais à cette condition aussi, la grâce toujours avec la paix, la sécurité avec la liberté; 2° une grande ouverture avec le supérieur, chargé d'interpréter la règle et de l'appliquer à tous les détails de la vie. Mais de là aussi la confiance réciproque; ^ une grande droiture, la meilleure garantie de la persévérance.
ce L'obscur, le subreptice, le fictif sont incompatibles avec le genre et l'esprit de la Compagnie. »
Outre cette explication des règles, le P. de Ponlevoy faisait quelquefois des exhortations spéciales. Là se révélait encore plus la finesse de son esprit et la bonté de son cœur. Là il se montrait moins instructeur que père. Et les Exercices étaient toujours la mine féconde où il puisait. Jugez-en plutôt par cette conférence :
liÇ)7. LIVRE III. — LE GOUVERNEMENT RELIGIEUX.
ce Hi in mimdo sunt, ceux-ci sont dans le mondée Cette condition providentielle qui nous est faite nous impose deux, obligations : dans le monde nous avons à nous sauver du monde et à sauver le monde.
a i" Nous sauver du monde. 11 en est qui se sauvent en sortant du monde. Nous, nous devons nous sauver en y restant. Nous sommes de ceux dont Notre-Seigneur a dit : ego misi eos in niundum, je vous ai envoyés dans le monde ^ et pour qui il a ainsi prié : non rogo ut tollas eos de mundo, sed ut serves eos a malo ^, je ne vous demande pas de les enlever du monde, mais de les sauver du mal. Nous avons la grâce de la mission et de la prière divine. Seulement, ici comme ailleurs, sauvons-nous et Dieu nous sauvera.
ce Or, d'une part, c'est facile parce que le monde est contre nous; de l'autre, c'est difficile, parce que le monde est en nous. Quoiqu'il en soit, c'est de première nécessité.
ce Voici les moyens : i° la connaissance intime du monde qui est hors de nous: petere cognitionem mundi\ connaissance de la vanitédes choses qui produit le mépris, et de la perversité de l'esprit qui excite l'horreur; 2" la surveillance efficace du monde qui est en nous. Nous le tenons en laisse