‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 218 sur 252 · I. II Cor. IV, lo · texte numérisé non relu

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gellait souvent. Il avait longtemps préféré la discipline de corde à celle de fer, comme plus conforme à l'esprit général des Exercices de saint Ignace. Mais, dans les derniers temps, il prit goût à ce dernier instrument. Il avoua à son collaborateur, appelé socius, que le premier jour cju'il s'était servi d'une disciplme de fer trouvée à Angers, le sang commença à couler par ruisseaux.

Ses insomnies se prolongeaient fort avant dans la nuit; il était extrêmement fatigué. On imagina de lui faire prendre du chloral. Il obéit et put se reposer. Mais, un Père étant tombé malade, le charitable supérieur lui donna sa petite fiole. Le malade se rétablit bientôt; à son tour, le maître des novices ne dormait plus. Il en fit, d'après la règle, l'aveu au Père qui avait mission de veiller sur sa santé. Celui-ci s'empressa d'en rechercher la cause; et quand il l'eut découverte, il fut heureux de lui rapporter, avec la fiole précieuse, le sommeil et la vie.

Mais qu'on n'aille pas croire qu'il mortifiât ses sens au profit de sa volonté. C'eût été un piège grossier pour un homme si avancé dans les voies spirituelles. Il savait que la première de toutes les mortifications est celle de l'obéissance. Aussi, était-ce de ce côté qu'il avait concentré tous ses efforts.

Ponctuelle observation de la règle, même

quand les fonctions de Provincial semblaient l'en dispenser, amour extrême de la vie commune; tels étaient les traits les plus marqués de son obéissance. « Il nous dit dans une conférence, écrit un de ses novices : Un jour, j'étais sur le bord de la mer, il y avait là un filet d'eau qui traversait la grève, venant de la terre; et je me sentais pris de je ne sais quelle compassion à la vue de ce petit ruisseau qui, à deux pas de là, allait périr dans l'Océan. Mais la raison prit vite le dessus. Oui, le ruisseau allait périr, il allait s'effacer, disparaître tout entier, sans retour ; mais il allait mourir pour revivre : petite goutte d'eau naguère, il devenait lui aussi la mer. J'avais tort de le plaindre. » Le P. de Ponlevoy faisait comme la goutte d'eau ; il se perdait dans la vie commune. <c Au noviciat, l'épuisement de plus en plus visible de ses forces ne lui parut jamais, quoi qu'on lui dit à ce sujet, un motif suffisant pour manquer à un exercice commun ou pour sortir de la règle en quoi que ce fût. Dès les premiers mois, on pouvait constater son extrême faiblesse; quand on le voyait venir d'un peu loin dans les corridors, on craignait de le voir tomber, car il chancelait fréquemment; alors même cependant, son pas demeurait mesuré et pour ainsi dire recueilli : il n'allait qu'à force d'énergie, sans jamais parler de son état d'épuisement. Les instances de son P. socius ne purent lui faire échanger sa

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chaise contre le fauteuil de paille réservé aux visiteurs; même consumé par la fièvre, il ne s'appuyait pas au dossier de son siège. » , Pour pouvoir suivre avec plus d'assiduité les exercices du no'^iciat, sans abandonner le soin des âmes qui continuaient à correspondre avec lui, il se levait tous les matins à trois heures et demie. « Son réveille-matin, nous dit le Père qui l'assistait, le trompa plus d'une fois et prévint d'une heure le moment du lever. Exact à lui obéir comme à la voix de Dieu, il se levait, quoiqu'il se fût quelquefois endormi la veille assez avant dans la nuit. Si je lui faisais remarquer qu'il paraissait fatigué, il en avouait ingénument la cause et alléguait pour sa défense qu'il s'en était aperçu trop tard pour pouvoir utilement se rendormir. D'autres fois, il me disait avec le sourire céleste qu'on lui connaît : « J'ai accompli un grand exploit; j'ai fait des excès, j'ai entendu sonner nion réveille-matin et je ne me suis pas levé. » Puis, en le questionnant, j'apprenais qu'il s'était levé à quatre heures moins le quart ou à c|uatre heures moins cinq, malgré une forte fièvre, une oppression de poitrine et quelquefois une véritable insomnie.

Son obéissance aux supérieurs était aussi parfaite que son obéissance à la règle. Ses lettres au T.-R; P. Général quand il était provincial, au P. Provincial quand il était supérieur, le mon-

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trent assez. Il exposait clairement et fortement son idée. Puis il attendait avec patience la décision prise. Il inspirait ces sentiments aux autres. Un Père attendait un jour avec un peu d'impatience une réponse du P. Provincial sur une question personnelle assez importante, et demandait au P. de Ponlevoy si la réponse affirmative ou négative lui paraissait plus avantageuse. Celui-ci, devinant un manque d'indifférence religieuse, lui répondit avec un ton qui était prescj[ue celui de l'indignation : « Mon bon Père, le plus avantageux pour vous comme pour moi, c'est toujours de faire ce que les supérieurs trouveront être le plus sage. »

Quand le nouveau 1 lovincial vint faire sa visite à Angers, le P. de Ponlevoy se tint auprès de lui avec une soumission virile et enfantine, sans aucune affectation d'ailleurs. Le P. Provincial, qui avait remarqué sa fatigue, lui recommanda en partant de ne point parler à la conférence plus d'une demi-heure. Dans les premiers temps il fut très-fidèle à cette injonction, et souvent quand la fin de la demi-heure approchait, il s'écriait : « Dépêchons-nous, je n'ai plus que quelques minutes; car vous savez que le R. P. Provincial (il est très-sévère, le P. Provincial, ajoutait-il avec une naïveté charmante) m'a défendu de parler plus d'une demi- heure. » Au bout de quelques mois il oublia un peu cette prescrip-

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tien. Quelqu'un le lui rappela aimablement. A la conférence suivante, il débuta ainsi : « On m'a fait souvenir que je ne devais pas vous parler plus d'une demi-heure. C'est que c'est très-vrai et je n'y pensais plus; je m'en vais faire attention. »

Mais l'obéissance d'exécution ou de volonté n'est pas le dernier coup porté à la victime. Si le religieux ne soumet pas son intelligence ou si cette soumission lui inspire un secret retour de vanité, il n'est pas mort encore; Le dernier triomphe de celui qui veut se sacrifier à Jésus- Christ, est l'immolation de l'amour-propre.

La vie du P. de Ponlevoy est d'un bout à l'autre l'histoire d'un homme profondément humble. Aspect, paroles, écrits, retraites, aveux secrets, tout le prouve jusqu'à l'évidence et à son insu. 11 faisait constamment son examen particulier sur cette vertu, et d'après un de ses petits cahiers, il divisait la matière de manière à remporter des triomphes successifs. Chaque mois il se proposait d'acquérir l'humiUté sous une forme déterminée : au mois de janvier, le goût de l'humilité; au mois de février, l'humilité compatible avec la volonté; en mars, l'humilité qui contredit nos désirs; puis celle qui lutte contre nos intérêts; l'humihté qui compose l'extérieur; qui détache; l'humilité patiente; qui abaisse au-dessous de tous; qui a soif du mépris ; qui recherche la souf-

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france; qui a pour principe Tamour de Jésus: voilà quelle était la chaîne que parcourait l'humble religieux dans ses examexis de chaque jour.

Il était arrivé d'abord à aimer cette vertu, puis à détester la louange, enfin à aimer le mépris, perfection qui semble lui avoir coûté encore quelques années avant sa mort. Mais à partir de sa retraite de 1872, et surtout depuis qu'il était devenu maître des novices, il paraissait insensible aux louanges comme aux critiques. Un jour, il avait reçu des lettres de Chine, et, sans les avoir lues le premier, il les faisait lire en récréation à ses chers novices. Parmi ces lettres, s'en trouvait une de Mgr Languillat. L'évêque missionnaire lui disait presque en propres termes qu'il le vénérait comme un saint, et il ajoutait : a Le bon Dieu m'a comblé de bien des grâces; j'espère qu'il m'accordera cette faveur dernière de vous envoyer ici, mon Révérend Père, pour me fermer les yeux. 5) Quand le lecteur arriva à ce passage si compromettant pour sa modestie, non-seulement le P. de Ponlevoy n'interrompit point le lecteur, mais lui-même resta calme comme s'il se fût agi d'un autre.

Autrefois il semblait au premier abord surpris par une opposition brusque et imméritée. Maintenant il n'y pensait plus. Son compagnon attitré l'avait contredit avec véhémence. Le lendemain il lui demanda pardon à genoux. — Et de quoi

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