CHAPITRE PREMIER. — PREMIERES ÉTUDES. I (J
venu, devancé même mes désirs. Car, se trouvant sur mon passage l'après-midi, il m'aborda d'un ton bénin, et me tendant la main : « J'ai tout vu, me dit-il, tout pardonné, tout oublié; mais pourtant, gare à la récidive! » Quelle grandeur d'âme! quelle générosité! La journée a été belle. Je me suis encore adonné à la recherche des nids, et une couronne d'œufs, appendue comme un trophée aux lambris de notre chambre, parle en ma faveur. »
Voilà le jeune homme pris sur le fait, avec sa vanité légère et railleuse, avec sa molle facilité pour accepter toutes les impressions, et pour écouter les quelques diables occultes qui le poussent. S'il avait suivi cette pente où il glissait, notre magistrat présumé, tout en restant bon chrétien, serait-il devenu un modèle de piété? On pourrait en douter.
Mais que la grâce divine vienne éclairer cette intelligence vive d'un rayon céleste; qu'une vocation sublime remplace par l'amour de la gloire de Dieu la passion de l'indépendance ; et ce prisonnier du séminaire deviendra un captif de Jésus-Christ, et un conquérant des âmes.
Pendant ciue le jeune Armand se laissait aller un peu à la dérive, il conservait toujours une grande confiance pour son directeur, M. Salmon. Cet homme vénérable, ancien militaire, était supérieur du grand séminaire depuis 1822. 11 avait
conquis l'estime et l'affection de tous les séminaristes; et quand notre philosophe allait lui raconter ses rêves de jeunesse, ce digne prêtre se contentait de lui répondre avec calme : « Allez, mon enfant, vous avez entendu le son de notre cloche; vous y reviendrez, bon gré, mal gré. »
ce Dieu, en ejffet, ajoute le Père, dissipa ces vaines pensées. » Un événement inattendu pour lui, vint l'arracher à ses songes. La révolution de Juillet éclata.
La chute d'un trône, la fermentation des esprits, le réveil des passions antireligieuses qui signalèrent cette crise politique, changèrent le courant d'idées du futur étudiant en droit. Un vicaire de Vitré, M. Armand, acheva pendant les vacances l'œuvre commencée.
Ce guide sage fit tant par ses exhortations, qu'il dissipa les rêves qui s'étaient amassés dans cette jeune imagination. Mais il ne put vaincre le dégoût profond que lui inspirait la vie du séminaire.
ce Je ne me sentais, raconte le P. de Ponlevoy, aucun désir de vocation. Le séminaire était pour moi un objet d'horreur. J'inventai mille prétextes pour ne pas y retourner. Ne fallait-il pas attendre des jours meilleurs? J'associai à ma cause ma bonne, ma tendre mère. Elle souffrait cruellement à la pensée démon départ.
« Hélas! si l'on avait ratifié mes désirs, c'en