CHAPITRE VI. DERNIERS JOURS
« Grâce unique! Notre- S^eigneur faisait malgré moi ce que je ne savais pas faire de moi-même, et j'ai pu toucher au doigt avec l'inanité des choses, la vanité de ma préoccupation.
ce De plus, voici que la Providence me donne un autre signe, cette maladie dont les éventualités sont multiples. Est-ce la fin ou un commencement de la fin? Sortirai-je de cette étreinte, et dans quel état? A jamais blessé, désormais condamné à végéter, inutile, onéreux, un être nul, oublié, dont on ne sent pas l'absence.
ce Je conclus que Dieu commence à me travailler, moi qui ne l'ai pas fait, et que maintenant c'est l'heure de seconder son action par ma correspondance. J'en ai eacore le temps. Mais c'est l'occasion suprême.
ce I. D'abord, quant à mon état physique, cette incertitude de la solution, la dépendance totale de Dieu, dans toutes les éventualités, l'acceptation courageuse, paisible et contente de tous les résultats, l'abandon à Dieu; c'est une vraie mort à moi-même qui sera une vraie vie.
ce 2. Quant à mon modus vivendi relativement aux créatures extra et intra societatem, je prie Notre-Seigneur de me le faire lui-même; autrement, je pourrai encore biaiser, et je veux le tenir de sa main, et je conjure sa douce bonté de ne pas ménager mes faiblesses, mais d'exercer des représailles par ses très-équitables rigueurs. Oh ! enfin,
53o LIVRE III. LE GOUVERNEMENT RELIGIEUX.
tant de fois je l'ai dit : Oportet me minuit qu'il m'amoindrisse, qu'il m'annule et que je sois humble, puisque je n'ai pas su m'humilier pour devenir humble. Néant, que je sois zéro. Pour acquitter une double dette jusqu'à mon dernier soupir, je veux, comme je le dois, remercier la sainte Vierge et notre bon Père saint Ignace, mais de tout mon cœur et de toute mon âme, de la double grâce qui me fut faite un jour, qui eût été le principe de tous les biens si j'avais été fidèle, qui du moins a été la cause du peu que j'ai été et du peu que j'ai fait. A Marie, je dois ma vocation, et dans ma vocation, je dois tout aux Exercices. Mais que mon acte de reconnaissance soit accompagné d'une amende honorable. Oh! qu'ils me pardonnent. J'ai taat de regrets d'avoir été infidèle, ingrat, prodigue.
a Enfin, après quarante ans d'exercices, finirai-je donc sans être devenu dans une mesure vulgaire, homme d'oraison, de prière, de mortification? Ai-je seulement commencé? Mais non! Ah! si la maladie me fait des loisirs, m'inflige des ennuis et des déboires, que je ressente encore, comme tout à l'heure, une de ces suprêmes secousses de la Providence.
ce Si je dois exercer ces fonctions de supérieurauxquelles je suis appelé, il me semble que dé-