CHAPITRE VI. — DERNIERS JOURS
cher Frère, nous lui ferions la vie trop triste. » Il était plein de reconnaissance et de délicatesse pour M. Moissenet. On l'avait mis sur son lit et il se prêtait de son mieux, malgré une plaie vive et une excessive faiblesse, à l'auscultation du médecin. Tout à coup il se meta tousser. Le docteur s'interrompt tout anxieux pour laisser passer la quinte, oc Rassurez- vous, dit le P. de Ponlevoy en souriant. Ce n'est rien, c'est une toux de complaisance. » Un autre jour, il était hors de son lit, tout habillé, assis devant la table, lisant son propre travail, les Actes de la captivité et de la mort de cinq Pères martyrs de la Commune. « Eh bien! dit M. Moissenet en entrant, comment étesvous aujourd'hui? — Comme un potentat, maître de la situation. — Que lisez- vous donc là, mon Père? — Ah! un livre bien intéressant! il m'édifie beaucoup. Tenez, docteur, j'y ai vu avec infiniment de plaisir que vous y êtes cité honorablement deux fois. » C'était une manière délicate de remercier de vive voix, après l'avoir fait dans son livre, le dévoué docteur de ce qu'il avait fait pour nous pendant la Commune. «Quand vous êtes là, docteur, disait-il une autre fois, je m'aperçois que je m'oublie. Je parle, je parle outre mesure. Mais avec vous, c'est bien permis, n'estce pas? vous êtes si bon papa. » Il n'oubliait pas les visiteurs qui le soignaient à tour de rôle, a Chargé, dit l'un d'eux, de faire la liste des
54 O LIVRE III. LE GOUVERNEMENT RELIGIliUX.
Pères qui devaient veiller la nuit, j'en profitai pour inscrire mon nom plus souvent qu'à mon tour. Une première fois, il m'en fit l'aimable reproche. Une seconde fois, il ne s'aperçut que quelques instants avant minuit de ma présence à son chevet. « Ah! cher Père, dit-il, c'est vous encore; c'est trop, c'est trop de fatigue, trop de bonté. — Non, mon Père, ce n'est point fatigue, c'est consolation. Je lui apportai la communion. tC peine eût-il fini son action de grâces, qu'il me fit signe, a Allez, allez vite vous reposer, vous l'avez bien gagné. » Et il me tenait les deux mains, en même temps que l'étole cp'il avait reçue pour communier et qu'il me rendit. Je pris l'étole, et baisai les deux mains. Il se prêta paternellement à cette caresse de fils, et ajouta : « C'est bien, allez, vite, vite, vous reposer. Vous ne ferez plus cela, n'est-ce pas**^ Bonsoir. »
On lui avait envoj^é, pendant le cours de sa maladie,des lettres, des souvenirs. On s'inscrivait journellement à sa porte; on demandait de ses nouvelles. Les marques de bienveillance, qui lui étaient adressées si universellement, redoublaient son humble reconnaissance II aurait voulu écrire à tous ceux dont on lui rappelait les noms, ce II y a des âmes charitables, disait-il, qui m'envoient toute espèce de bonnes choses dont je ne puis guère profiter. C'est de leur part grand esprit de foi et de charité. N'oubliez pas de les