‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 235 sur 252 · CHAPITRE VI. — DERNIERS JOURS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — DERNIERS JOURS

remercier; je les bénis, donnez-leur en souvenir ces images. »

Cependant le mal s'aggravait : on touchait au terme. On était arrivé au ^5 novembre. Maintenant il avait la vue très-nette de sa fin. Jusquelà il en avait eu quelques pressentiments. Le T. R. P. Général, quelques jours auparavant, le Très-Saint Père... avaient envoyé une bénédiction suprême. Le cardinal-archevêque de Paris était venu visiter le malade. Quelques mots lui avaient échappé dans l'intimité. « Je sens que la vie s'en va. Je ne sais vraiment quelle tournure vont prendre les choses. La fluxion de poitrine est guérie, c'est bien; mais pour sortir de là, il faudrait à ma nature une force de réaction qui me manque. C'est ce qui a manqué au bon Père de Ravignan. »

Il voulut enfin avoir une réponse précise. Quelques jours avant sa mort, il dit au docteur qu'il le consulterait le lendemain sur une aftaire importante. Le jour suivant, il avait fait placer sur une table son Commentaire manuscrit. Quand M. Moissenet fut entré : « Tenez, cher docteur, lui dit-il, voici un ouvrage auquel j'attache le plus grand prix. C'est le travail de toute ma vie religieuse. Croyez-vous cjue je puisse l'achever?— Pas à-présent, » répondit le sage e1 véridique médecin. Le P. de Ponlevoy comprit.

Le 13 novembre, il parla ouvertement de son

état. Le 26, la respiration devenait plus pénible; il était dans un affaiblissement extrême. Il y avait assoupissement, la parole était pénible, et on était tenté de se demander s'il avait pleine connaissance de ce qu'il essayait de dire, a Votre beau-frère, lui dit-on, était inquiet à Vitré de votre situation, et il est venu à Paris. — Ah ! — Le verrez-vous volontiers? — Oui, bien volontiers; attendez, il y a dans mon livre cinq images, il en faut une sixième, ils sont six. J'aurais voulu les signer, je l'avais promis, je n'ai plus la force, je les donnerai telles quelles. » Il fut un peu ému de l'entrevue. « Vous embrassez un mort », lui dit-il. Puis il balbutia quelques conseils de vie chrétienne et parfaite, donna sa bénédiction et remit les six images. Personne n'avait été oublié.

Le 27 novembre fut le dernier jour de sa vie. Il le prévit. « Nous sommes aujourd'hui le 27 novembre, disait-il au P. Pitot en prenant quelques cuillerées de bouillon. Il faut m'alimenter jusqu'au 27 novembre exclusivement; le 28 se suffira à lui-même. Vous allez dire la messe pour moi, dit-il au P. Lefèvre, bien. A demain celle de Requiem, n'est-ce pas? — J'en ai assez, disait-il au Révérend P. Provincial, non pas de la Compagnie, certes, mais de la vie. » Cette lassitude de la vie, ne lui faisait point cependant désirer de ne pas vivre. « Non, disait-il encore

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