CHAPITRE VI. — DERNIERS JOURS
le matin même du jour où il mourut, je ne refuse point le travail. » J'allai, dit le P. Pitot, le jour de sa mort, visiter le malade dès le matin,* j'y trouvai le P. Lefèvre avec le R. P. Provincial et je me retirai. Il avait fait venir le R. P. Provincial plus tôt que d'hahitude. « Oh! disait-il, que le P. Général est bon, que la Compagnie est bonne! mais moi j'ai été un indigne-, le miracle que j'ai fait, c'est d'y entrer et d'y être resté, mais que j'ai été peu digne de cette grâce! » Et il se voila la face de son drap en gémissant, et cela assez longtemps.
Le R. P. Provincial le quitta, mais pour revenir cinq minutes après. Afin de ne pas le déranger (il le croyait en repos), il se mit près de la table et récita son chapelet. Le malade s'adressant alors au P. Lefèvre, « mais le P. Provincial, il faut le faire venir. — Il est ici », dit le P. Lefèvre. Le R. P. Provincial s'approcha. « Mon Père, lui dit-il, je prie pour vous. — Qu'on se retire et qu'on me laisse seul avec le P. Provincial. »
Les mains de ce dernier se trouvaient dans les siennes.
Les yeux du malade étaient fixés sur lui. a Mon Père, je me meurs, je me meurs, mais plein de reconnaissance et d'amour pour le T. R. P. Général, pour la Compagnie qui a été pour moi d'une bonté incomparable, incomparable,
incomparable. (Ces paroles étaient prononcées d'une voix haletante, mais accentuée).
ce Pour Notre-Seigneur, j'ai fait des bêtises, mais je déborde, je déborde.,. Pour la sainte Vierge Marie... Mais je ne sais plus... » Le R. P. Provincial lui répondit que si tout espoir était perdu pour la terre, restait le ciel; qu'on était à l'avantdernier jour de la neuvaine. Il lui demanda de prier davantage, plus q-u'il ne l'avait fait. « Non, ce n'est pas le genre de la Compagnie, j'ai prié, ce n'est pas à moi d'insister. Notre-Seigneur sait. »
ce Mais vos Exercices, continua le R. P. Provincial, vous pourrez les achever. — Non, dit-il, cela vaut mieux, il y aurait peut-être un monopole, il n'y en a pas dans la Compagnie... un peu de gloire... nego, pernego, qu'ils soient à tous. Les Exercices! j'en ai eu l'intelligence, mais je n'en ai pas eu l'esprit. » (Ceci était dit avec un ton de conviction inouï.) ce x^ussi j'aurai du purgatoire, et beaucoup. — Oh! mon Père, reprit le P. Provincial, non je l'espère, vous avez bien aimé Notre-Seigneur, et vous avez fait pour le mieux.
— Pour le mieux! ordinairement, pas toujours. J'ai eu de la malice, j'ai eu des malices, plus de malices que de malice. — Mais si Notre-Seigneur voulait vous laisser encore avec nous?
— Oh ! je resterais allègrement. »
<c Je revins, continue le P. Pitot; les abords du lit étaient libres. J'en profitai et m'approchai. Le