CHAPITRE VI. — DERNIERS JOURS
entrer : le malade était trop fatigué. On annonça au P. Mourier une nouvelle crise : il revint. Vers 4 heures ou 4 heures et demie du soir, il était dans la chambre avec le P. Lefèvre et le Frère Bouille, a Une chaise était tout près du lit, dit le P. Pitot, j'allai m'y asseoir. Le malade avait la respiration haletante et rapide, les yeux ouverts, un peu élevés au ciel et vitreux.
ce Je posai ma main sur son lit et je cherchai sous les couvertures à trouver la sienne. Quand je l'eus trouvée, il tourna ses 3^eux de mon côté avec une ineffable tendresse. Je croj^ais qu'il n'avait plus de connaissance, je me trompais. Nous restâmes ainsi pendant cjuelque temps. Alors il tira lentement avec effort sa main de dessous la mienne et la porta affectueusement sur mon épaule, sur mon cou, sur ma tête, semblable à une mère qui caresse son enfant. « Je vous ai déjà béni, dit-il en me regardant et jetant aussi un regard sur les autres Pères et sur les Frères présents. Je veux vous bénir encore, une suprême bénédiction, un dernier adieu. » Il leva alors la main en disant : « Vivez, travaillez, combattez courageusement et pour Dieu, in nomine Patris et Filii et Spiritus sancti, amen. » Nous étions tous à genoux et il fit le sigaede la croix d'une main très-tremblante, mais bien complètement.
« Quand nous fûmes relevés, le P. Jouan
entra. Je lui cédai la chaise sur laquelle je m'étais c ssis de nouveau. Il resta debout à côté d'elle, il eut aussi sa bénédiction suprême, a Continuez, lui dit le vénéré Père, votre vie apostolique; continuez-la dans la foi, dans l'espérance, dans l'amour, in nomine Patris et Filii et Spiritus sancti, amen. » Il était 4 heures et demie environ. Il resta quelque temps encore silencieux, haletant, les yeux fixés au ciel, et le râle de l'agonie commença.
ce Nous nous mîmes à genoux, et le R. P. Provincial, entouré de quelques Pères et Frères, d'abord, puis bientôt de la communauté tout entière, commença les prières des agonisants. Alors le malade à qui rien n'échappait de ce qui se faisait autour de lui, jeta un dernier regard sur le Père le plus voism de son chevet, puis il tourna les jœux vers son crucifix, il les éleva ensuite vers le ciel et il ne les abaissa plus.
oc Vers 5 heures on interrompit les prières; les deux médecins MM. Moissenet et Bucquoy venaient faire leur visite. Le pouls n'était pas trèsfaible : il promettait, pensaient-ils, une heure et demie ou deux heures encore de vie. Ils ne se trompaient pas :1e bien-aimé malade rendait paisiblement son dernier soupira 6 heures et demie.
ce Nous avions fait pour lui cinq neuvaines à nos martyrs; la dernière messe de la dernière neuvaine se trouva être celle de Requiem. »