‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 244 sur 252 · ARCHEVÊCHÉ DE TOURS · texte numérisé non relu

ARCHEVÊCHÉ DE TOURS

Tours, le i5 janvier 1873.

Monsieur le Président, Jusqu'à ces derniers jours, dans son projet de loi contre les couvents de Rome et des possessions pontificales, envahies au moment et par suite des malheurs de la France, le gouvernement italien paraissait respecter les maisons généralices, dans la crainte sans doute de froisser trop profondément non-seulement l'Eglise, mais surtout les puissances catholiques, intéressées à la conser-

vation de ces établissements, et fondées à la réclamer. Sur les représentations de plusieurs nations catholiques., il avait même pris l'engagement formel d'excepter ces maisons généralices. Mais voici que, par une exception empruntée à la Prusse, les principaux établissements de la Compagnie de Jésus seraient envahis et supprimés.

Il n'échappe à personne que cet attentat, s'il venait à se consommer, blesserait au plus haut point les sentiments, les intérêts et les droits delà fille aînée (ie l'Église. Aucune maison religieuse de la ville éternelle n'importe en effet, et n'appartient plus à la catholicité tout entière, et spécialement à la France que celles du Gésu et du Collège romain. Le Gésu est le centre d'une société célèbre, qui n'a cessé d'envoyer à notre patrie des prêtres admirablement propres et dévoués à toutes les œuvres utiles, et dans tous les pays du monde, des missionnaires héroïques dont l'apostolat fécond sert la France presque autant que l'Église elle-même. Le Collège romain, établi comme un foyer de lumière au centre de l'unité catholique, attire à ses cours savants et gratuits les élèves ecclésiastiques de l'Orient et de l'Occident. Les élèves des séminaires français les suivent avec profit. La suppression de cette haute école théologique serait un malheur irréparable pour la science sacrée et profane. Comment ne serions-nous pas troublés et inquiets sur la menace d'une mesure qui tarirait une des sources les plus abondantes et les plus pures de la science, de l'apostolat et des œuvres charitables pour le monde entier! 11 n'est pas nécessaire d'ajouter d'autres considérations, celle, par exemple, que le Souverain Pontife trouve dans les ordres religieux ses auxiliaires et ses conseillers pour le vaste gouvernement de l'Église universelle.

Après toutes les iniquités commises contre son pouvoir temporel que vous avez, Monsieur le Président, si éloquemment défendu et proclamé nécessaire à la paix des consciences comme à la liberté de l'Église, serions-nous donc condamnés à voir une persécution plus grave encore sévir directement contre l'autorité spirituelle du chef de

b'jl APPENDICES.

FKglise, dont elle briserait les ressorts et péiralj'serait les or,ç:anes?

Voas ne serez donc pas étonné, Monsieur le Président, si. interprète des catholiques de mon diocèse, je viens avec confiance vous demander d'agir' de nouveau, par voie diplomalique, près du gouvernement italien pour obtenir le maintien du Collège romain et de la maison généralice du Gésu . j'aime à espérer que la France n'a pas abdiqué le protectorat des intérêts catholiques, qui lui a fait tant d'honneur dans le passé, et que ses malheurs ne lui ont pas ôté le droit d'élever la voix en faveur d'une cause si éminemment patriotique et chrétienne. Il vous appartient, Monsieur le Président, de faire entendre avec autorité cette voix de la France, de la justice et du droit international. Ce sera un immense service rendu à la patrie et à l'Église. Les évèques, le clergé et les catholiques vous en seront reconnaissants.

Veuillez agréer, etc.

i FÉLIX,

Archevêque de Tours.

EVECHE DE QUIMPER.

Quimper, 12 janvier 1873.

Monsieur le Président, J'apprends à l'instant que l'archevêque de Paris vient de prier Votre Excellence de demander à Rome, par la voie diplomatique, en vertu du droit international, le maintien du Collège romain et de la maison généralice du Gésu. — Il m'appartenait peut-être, puisque votre bienveillance est venue me chercher dans la vie religieuse pour m'élever à l'épiscopat, de prendre le premier la parole en faveur des établissements menacés. — Puisque je n'ai pas

eu rhonneui- de cette noble initiative, je veux du moins apporter le faible concours de mon instante prière. — Le Collège romain est remarquable par ses fortes études, plusieurs prêtres de mon diocèse ont été envoyés à Rome par mon vénérable prédécesseur, pour profiter de son enseignement; je n'ai qu'à me louer des leçons qu'ils ont reçues et des exemples de piété sacerdotale qui leur ont été donnés. — La maison généralice donne aux Pères de la Compagnie de Jésus qui habitent la France, une direction et des conseils qui respirent une profonde sagesse, et je puis dire à Votre Excellence que les religieux qui exercent le saint ministère dans mon diocèse se distinguent par leurs vertus et par leur dévouement à toutes les œuvres utiles. — Je ne fais aujourd'hui que confirmer le témoignage queMgr Graverand, évèque de Quimper, de sainte mémoire, lui rendit en 1848 à la tribune de l'Assemblée nationale. — Je crois donc pouvoir assurer que les démarches que je prie Votre Excellence de faire à Rome seront en même temps conformes aux intérêts et à Thon* neur de la France.

Je prie Votre Excellence, etc.

t D. Anselme O. S. B.,

Evêque de Quimper et de Lcon

ÉVÊCHÉ d'aUTUN.

Autan, 18 janvier 1873.

Monsieur le Président, Je n'appartiens qu'imparfaitement au corps des Évêques de France. Nommé par votre décret du i^r août 1872, préconisé pour l'Evèché d'Autun par notre Saint-Père le Pape dans le consistoire du 23 décembre, je n'ai encore ni pris possession du siège qui m'est confié, ni reçu la consé-

cration épiscopale. Cependant, je croirais manquer à mon devoir, si dès aujourd'hui je n'unissais ma voix à toutes celles qui vous demandent protection et justice pour les ordres religieux et spécialement pour le Collège romain et ]D0ur la maison généralice de là Compagnie de Jésus à Rome.

Le Collège romain, monsieur le Président, est le berceau de mon éducation ecclésiastique, j'en parle comme un fils et comme un témoin. Beaucoup d'Evèques français, le plus grand nombre des Évêques du monde catholique, Allemands, Anglais, Irlandais, Écossais, Américains du Nord et du Midi, viennent là depuis trois cents ans puiser la grande science aux sources les plus abondantes et les plus pures. On s'eiforce de tromper le monde au profit du désordre moral, quand on présente et qu'on traite cette reine des Universités comme un établissement local ou national. L'Église, les Papes ont fait du Collège romain, le centre de l'enseignement catholique; depuis Suarez jusqu'à Perrone, Patrizzi, Ballerini, les voix théologiques les plus autorisées n'ont cessé d'y retentir et de se succéder les unes aux autres, si ce n'est aux jours sinistres où la Révolution leur a violemment imposé silence. Les sciences purement iiumaines y ont toujours brillé du même éclat que les sciences sacerdotales; notre Arago saluait avec un fraternel respect l'illustre de Vico, directeur de l'Observatoire, et ces jours derniers encore, nos savants donnaient résolument place parmi eux au Révérend Père Secchi.

Monsieur le Président, supprimer le Collège romain ou le séculariser, ce qui est tout un, serait aux yeux de Dieu et des hommes un acte de barbarie. Au nom de la science, au nom de la liberté de bien faire, au nom de la civilisation et du droit qui unit les nations chrétiennes entre elles, la France, affaiblie, mais restée la patrie du bon sens, protestera par votre bouche. — Quant au Gesù de Rome, il est au Collège romain ce que la source est au fleuve. C'est là que naissent, grandissent et meurent ceux que l'univers entier proclame ses docteurs et ses apôtres.

APPEXDICES. 57:

Le coup qui menace en ce moment le Gesù frapperait aussi bien la Chine et le Japon que notre vieille et chère Europe. François Xavier est parti du Gesù ainsi que Canisius, et la race de ces hommes est toujours vivante et pleine Je sève. Sauvez, monsieur le Président, avec les armes qui nous restent, avec les mâles représenlations de la sagesse et de la saine politique, des instruments de salut et de conservation dont le monde moderne ne saurait se passer, et le Dieu qui bénit les fermes défenseurs de la vérité vous bénira.

Je suis, monsieur le Président, etc.

t L. de LÉsÉLEUC,

Evêque élu d'Autan.

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