‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 26 sur 252 · CHAPITRE II. VOCATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. VOCATION

ger. Sa mère le comprenait, et cherchait, par tous les moyens que lui suggérait la foi et la piété, à réagir contre une affection trop vive.

Elle écrivait, le 20 juillet, à son fils : « Nous ne sommes point nés pour être heureux en cette vie. Depuis longtemps je cherche à détacher mon cœur de toute jouissance temporelle. Que sommes-nous donc pour nous tourmenter? Une pauvre feuille que le vent emporte, une fleur qui est aujourd'hui, et qui demain ne sera plus. Pourquoi donc faire tant de cas d'une vie si courte et si triste? »

Mais les deux mois de vacances, qui suivirent de près cette conversation épistolaire, renouvelèrent les sentiments dont madame de Ponlevoy cherchait à tempérer l'ardeur. « Au moment de la séparation, elle m'embrassa en pleurant, écrit son fils, et sortit pour aller à la messe (c'était le jour des Morts). Je la suivis des yeux tant que je pus la voir. Notre départ lui fut bien sensible et son inquiétude hâta peut-être sa maladie.

œ Nous arrivâmes donc au séminaire, Ludovic et moi. Les premiers temps furent pénibles à passer; mais, la raison prenant le dessus, nous devînmes plus résignes. Tous les c{uinze jours, nous recevions des lettres de Vitré, et toujours des lettres de maman.

a Elle n'y eût pas manqué une seule fois, tant elle était bonne ! Enfin, le vendredi 3i décembre.

Q.b LIVRE PREMIER. — FORMATION.

nous ne trouvâmes aucune lettre d'elle dans la valise. Nous ne fûmes pas inquiets pourtant, parce qu'on nous dit qu'elle était seulement enrhumée. Mais voici que, le i4 janvier, notre domestique vint nous chercher avec deux chevaux. Tout en nous parlant de la maladie, il nous cacha une partie de la vérité. Après cinq heures de course par un froid glacial, nous arrivâmes à la maison. Papa nous pressa tendrement sur son cœur. « Vous allez trouver votre mère bien malade, nous dit-il; mais gardez-vous de lui en témoigner aucune surprise. » Nous l'embrassâmes ; elle parut bien contente de nous voir, a Bonjour, mes enfants, dit-elle, je suis bien aise de voir tout mon monde réuni autour de moi. » J'étais trop troublé pour pouvoir répondre. Je me retirai auprès du feu et, comme nous parlions bas, elle nous fit dire de nous entretenir tout haut, parce qu'elle voulait entendre nos voix Pauvre petite maman, ah ! comme elle nous aimait ! Les prières se dirent en commun dans sa chambre, et nous descendîmes souper. Le repas fut triste et silencieux : maman n'y était

pas

ce La journée du samedi fut un pea meilleure. Mais les médecins jugèrent à propos de lui mettre un quatrième vésicatoire. M'étant approché de son lit, elle me dit : « Ils veulent donc que je ne sois qu'une plaie. — Ma chère maman, lui

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