CHAPITRE II. VOCATION
répondis-je, c'est une ressemblance de plus que vous aurez avec Jésus-Christ qui a été couvert de plaies pour l'amour de nous. » Ce peu de paroles lui rendit toute sa sérénité ! Elle me dit : ce Va, je suis bien malade, mon pauvre Armand. » Dans le fond de son alcôve, était un tableau de la sainte Vierge, et sur une table un crucifix. Nous lui fîmes remarquer qu'elle était entre Jésus et Marie. Cette pensée la fit sourire. J'aurais bien voulu lui rendre quelques services. Mais ma maladresse me le défendait. » L'état de la malade s'aggrava les deux jours suivants. Madame de Ponlevoy reçut les derniers sacrements. Armand n'en fut pas témoin; mais, quelques heures après, arriva une scène touchante . a Nous étions près de Pauline, Ludovic et moi : Pauline était frappée de stupeur. Mon père entre dans la chambre, et d'un ton que je ne saurais dé-" finir : ce Mes enfants, nous dit-il, venez voir votre mère et recevoir sa dernière bénédiction. » La foudre fut tombée à nos pieds, que nous eussions été moins frappés. Nous montâmes. La lumière posée à terre ne jetait qu'une lueur incertaine et lugubre. Nous nous jetâmes à genoux auprès du lit, et ma mère, levant sur nous une main tremblante, dit d'une voix basse et entrecoupée : ce Mes pauvres enfants, que le bon Dieu vous bénisse ! Aimez-vous bien les uns les autres. Soyez vertueux, et vous serez heureux. Je vous
lS LIVRE PREMIER. FORMATION.
charge, ajouta-t-elle d'un ton d'autorité, je vous charge de prier pour moi. » Joséphine lui demanda pardon en sanglotant. J'étais si troublé que je ne savais pas du tout ce que je faisais. Je ne versai pas un^Iarme. Papa, pendant ce temps, était debout, soutenu par M. l'abbé Collet, pleurant de douleur et de joie : ce Oh! que c'est beau, disait-il, que la religion est magnifique! Quelle résignation! quelle majesté! qu'il est doux de mourir ainsi ! » La pauvre Pauline n'eut pas la consolation d'assister à cette scène déchirante. Mais maman, qui, malgré ses souffrances, avait une présence d'esprit parfaite, s'aperçut de son absence et en demanda la cause. On lui cacha la véritable. Elle n'en demanda pas davantage, et chargea M. l'abbé Collet de lui donner sa bénédiction, et de lui transmettre ses dernières paroles, ce Ah! mon Dieu, dit-elle, je vais donc me présenter les mains vides devant vous! mais j'espère en votre divine miséricorde. »
ce Mon père lui fit alors ses adieux, lui demanda pardon du chagrin qu'il lui avait causé durant le cours de leur union, et se recommanda à ses prières ainsi que toute la famille.
a Bientôt on commença les prières des agonisants. M. Collet les récitait; mon père seul eut le courage d'y répondre constamment. Il me serait impossible de décrire ce qui se passa alors dans mon âme. Ma mère nous fit coucher,