‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 28 sur 252 · CHAPITRE II. — VOCATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — VOCATION

mon frère et moi Les deux portes étaient

ouvertes J'entendais les gémissements de la

malade et ses actes de résignation. « Mon Dieu, disait-elle, que vo-ùre volonté soit faite? Mes pauvres petites filles, ah! elles auraient bien besoin de leur mère! Mais que votre vo'onté soit faite, en tout et toujours! » — O nuit affreuse, que tu me parus longue! Je me jetai un instant sur mon lit, mais sans pouvoir dormir.

oc Enfin vers cinq heures du matin, je n'entendis plus aucune voix. Mon père descendit les escaliers Je m'habillai aussitôt pour le rejoindre.

En arrivant, je me jetai à son cou. Alors sa douleur, quiavait été concentréejusque-là, éclata en sanglots. Bientôt toute la famille fut réunie autour de lui; nous confondîmes nos larmes avec les siennes. Malgré son extrême désolation, il trouva encore des paroles pleines de foi pour nous encourager. A plusieurs reprises, je le vis baiser les pieds du crucifix, qui est sur la cheminée, avec une piété et une tendresse admirables, ce Oh! mon Dieu, disait-il, que ce sacrifice est cruel! Suppléez à ce qui me manque. » Pauline, qui jusqu'alors avait eu les yeux secs, versa un torrent de larmes. »

En lisant ce récit, sorti tout entier d'un cœur de dix-neuf ans, on ne peut se défendre d'une émotion profonde. Comme il aimait et respectait ses parents, ce jeune homme attentif aux plus

3o LIVRE PREMIER. — FORMATION.

légers soupirs et aux moindres paroles de sa mère expirante! Quels sentiments de foi, d'humilité, de patience éclatent sur ce lit de souffrance, où Jésus crucifié nous apparaît avec ses douleurs infinies et ses espérances divines! Mais surtout quel noble caractère que celui de M. de Ponlevoy ! Emu plus que tous les autres, il commande à sa douleur, console ses enfants, s'humilie devant leur mère et trouve encore la force de l'admirer. Oui, nous pouvons à bon droit lui emprunter ces paroles : « Que la religion est belle ! »

Cet événement fut la principale cause de la transformation spirituelle d'Armand. Le P. Gloriot continua l'œuvre commencée.

Ancien Père de la foi, missionnaire apostolique, puis directeur des séminaires de Besançon et de Soissons, le saint vieillard se dépensait encore, en prêchant des retraites pastorales. Mgr de Lesquen, évêque de Rennes, l'avait invité à demeurer dans son grand séminaire pendant les jours qui suivirent la révolution de i83o. Il y resta deux ans, édifiant les séminaristes par sa vie sainte et pure, en même temps qu'il les entraînait par sa parole apostolique et nourrie de l'Écriture sainte. On l'appelait le Père sublime. Armand aimait à l'entendre, à le voir, à s'entretenir avec lui. Il était fier un jour d'avoir vu son beau reliquaire, « où il y avait, disait-il, plus de trois cents reliques, et il ajoutait naïvement :

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