CHAPITRE II. — VOCATION. 3 I
« Le P. Gloriot doit m' expliquer tout cela. » Le bon missionnaire Jui avait donné une parcelle de la vraie croix qu'il tenait de Mgr de Beauregard, évêque d'Orléans. La éimplicité charmante du vénérable vieillard ravissait Armand. Il souriait aimablement de ces petites banalités de langage, qui l'aidaient à retrouver sa pensée, sans arrêter sa parole : « A présent, maintenant; effectivement, en effet; » et de sa phrase bien connue : « il faut nous envoler sur le char du bonheur avec des chevaux de feu. »
Le jeune séminariste s'en tenait à l'admiration, et ne se sentait encore aucun goût pour l'état ecclésiastique. Mais cette direction bien-aimée, et les graves pensées que lui avait inspirées la mort de sa mère, lui rendirent plus facile son retour au séminaire, en octobre i83i. « J'y revins, ditil, sans répugnance et sans goût, ignorant l'avenir. » Il décrivait à son père, un mois après : « De combien de grâces nous sommes inondés dans cette maison? Nous allons garder auprès de nous ce saint homme, et, de cette manière, notre retraite durera jusqu'au bout de l'année ; car Monseigneur a décidé qu'au lieu d'un sermon par semaine, il nous en donnerait trois. Il semble que plus les temps deviennent critiques, plus le ciel nous comble de faveurs. »
Cependantl'ordination approchait. M. Salmon fit venir Armand et lui annonça que le samedi
17 décembre il recevrait la tonsure. Celui-ci en fut tout épouvanté, comme il le raconte à son père, mais^sans en donner la véritable raison qui nous est dévoilée dans le Mémorial. « Je ne me sentais point appelé de Dieu, » dit-il. Dans cette perplexité, il alla consulter le P. Gloriot. Frappé sans doute des progrès du jeune séminariste, et devinant, comme il l'a écrit plus tard, un germe de vocation que le temps seul pouvait développer et mûrir, le Père lui conseilla d'accepter. Armand en écrivit à M. de Ponlevoj, mais sans lui parier de ses incertitudes. « Ha écouté la décision sortie de la bouche de son directeur et demande à être pardonné et béni. » M. de Ponlevoy félicita son fils du parti qu'il embrassait, avoua cependant le sacrifice que cette résolution imposait à un cœur paternel, et ajouta, en s'adressant à ses deux enfants appelés au même honneur : « Je suis bien sûr que les prières ne vous manquent ni sur cette terre, ni ailleurs. Combien je voudrais que les miennes eussent quelque pouvoir! Cependant, c'est du fond du cœur que je vous envoie ma bénédiction, en vous rappelant celle que votre pauvre mère vous donna d'une manière si solennelle et si touchante. »
Armand, répondit quelques jours plus tard, avant la retraite d'ordination : ^c Vous faites allusion à des souvenirs qui seront éternellement gravés dans ma mémoire. Souvent je repasse en