CHAPITRE II. — VOCATION
s'est évanoui : toujours vivant, toujours présent dans mon cœur, il s'y est fortifié, s'est élevé, s'est étendu, et mon âme en tressaille de joie.
K Ce n'est donc pas moi qui ai choisi le Seigneur. J'avais tout choisi, excepté lui. Mais lui, lui seul m'a pris, m'a appelé, m'a fait entrer dans sa compagnie devenue la mienne. Si, de moimême, je n'eussejamaispuconcevoirune pareille vocation, une fois conçue, il m'eût été impossible de la suivre et de l'atteindre par mes propres forces. Dieu, mon Seigneur, a pensé, voulu, fait tout pour moi et en moi. Le livre d'or des Exercices de notre saint Père a été l'instrument de ma vocation.
oc Béni soit Dieu! O chers Exercices, que vos pensées soient les miennes, que je sois en voiis, que je vive près de vous, que je meure avec vous; car c'est par vous que je suis devenu et que je deviendrai jésuite. »
Le P. de Ponlevoy a tenu parole. Les Exercices de saint Ignace furent le centre de sa vie. Prédications, conseils, retraites, gouvernement, tous ses actes principaux furent éclairés par cette lumière ; et, comme nous le verrons, c'est en prononçant les paroles de son bienheureux Père qu'il rendit son âme â Dieu.
A la reconnaissance pour saint Ignace s'unit, dans cette citation du Mémorial, un hommage à Marie : « Je suis convaincu que la très-sainte
Vierge m'a obtenu de son divin Fils, malgré ma profonde indignité, le trésor de ma vocation. Car jusque-là je ne connaissais et je n'aimais guère Notre Seigneur. Mais je croyais beaucoup aimer Notre-Dame et je m'en glorifiais. A la mort de celle qui me donna le jour, je l'avais choisie pour ma mère et je l'honorais comme un fils.
« Cette dévotion était bien imparfaite, pleine d'amour-propre et indigne de toute récompense; à plus forte raison d'une si grande faveur. Mais cette Mère de miséricorde, sans regarder à mes mérites, et prenant en pitié mes misères passées, présentes et futures, m'attira par compassion avec le consentement tacite de mon Seigneur, et m'introduisit furtivement, comme son petit serviteur et enfant, au milieu des compagnons de son Fils. Qu'elle soit donc éternellement bénie, cette trop bonne, trop bénigne souveraine, Marie, mère de Jésus, mon Seigneur, à qui je dois tout ce que j'ai et ce que je suis î En vérité, tous les biens me sont venus avec elle. »
Ces belles paroles, écho des Confessions de saint Augustin, nous révèlent une vocation de premier ordre. Sans doute, tout appel de Dieu renferme un profond mystère. Mais souvent les vocations sont préparées par une suite d'événements qui s'enchaînent, et l'âme suit avec une lenteur progressive l'action secrète de la grâce.