CHAPITRE II. VOCATION
sitivement la volonté divine, il se fit un devoir de la seconder par ses prières et ses conseils.
Il y avait alors au séminaire un théologien nommé Emile Cor. Appartenant à deux familles très-unies, Emile et Armand avaient fait ensemble leurs études à Vitré, et ils suivaient de concert leur cours de théologie à Rennes. Le Seigneur, dans sa miséricorde, avait inspiré au jeune Emile les pensées de vie religieuse qui souriaient à son ami. Il s'en était ouvert au P. Gloriot qui l'avait engagé à y songer sérieusement, mais sans en parler ~à personne. ^
c Or, voici que, le 8 décembre i832, jour del*Immaculée Conception, nous raconte le P. de Ponlevoy, mon cher condisciple et ami d'enfance reçoit du P. Gloriot une lettre qui lui appuend ma vocation, l'engage à me parler de la sienne et à traiter en commun nos projets d'avenir. Oh! quelle fut sa joie et la mienne ! quelle douce récréation du soir! C'est à dater de ce jour que j'aime à regarder l'Immaculée Vierge Marie comme la patronne et la mère de ma vocation. Jusque-là, ce n'était qu'un prélude, la pensée et le désir d'une résolution quasi chimérique. Ce jour m'a donné une réponse, du courage, de la confiance, les moyens pratiques; dès lors, ma résolution fut confirmée et ma détermination devint irrévocable. Aussi, dans l'histoire de mon appel à la vie religieuse, cette date du 8 décembre a été
kl LIVRE PREMIER. — FORMATION.
et sera la plus importante. Tant que je vivrai, mes pensées se reporteront vers ce jour, comme vers un beau jour de fête. »
Ceux qui sont entrés dans la voie de la perfection comprendront la joie d'Armand. Il y avait en effet une grande distance entre une lueur qui paraissait venir d'en haut, mais pouvait être une illusion, et la réalité d'une vie pratique et connue, à laquelle les deux appelés allaient chercher à s'initier par de mutuels conseils.
Le Ciel avait parlé. La prudence demandait que cette vocation fût étudiée avec soin à la lumière combinée de la foi et de la raison. Le P. Gloriot engagea donc nos deux jeunes gens à se recueillir devant Dieu, à écrire et à discuter les motifs sérieux qui les pressaient d'entrer dans la Compagnie de Jésus. Ils le firent, et lui adressèrent leur avis motivé. Le Père transmit cette élection au P. Renault, alors provincial, et leur répondit le 17 mai i833.
ce Mes chers Messieurs,
« J'ai reçu la réponse du R. P. Renault. Elle est entièrement conforme à vos vœux. Il a examiné vos deux consultations : il les trouve faites selon toutes les règles de la bonne élection, tracées par saint Ignace dans les Exercices. Il vous admet l'un et l'autre au noviciat.
a Mais voici le moment de quelques assauts.