CHAPITRE II. VOCATION
plutôt c|u'obligatoire. Mgr de Lesquen savait quelle était, en cette matière, la décision des saints canons, et il avait lu sans doute le bref sévère adressé par Benoît XIV au cardinal Querini, qui voulait s'opposer à l'entrée d'un de ses curés dans la Compagnie de Jésus. Mais Mgr de Lesquen avait trop bien mérité des Jésuites pour que leur supérieur voulût le contrister. Les deux jeunes gens allèrent donc trouver l'évêque de Rennes qui leur demanda un mois de réflexion; puis, le 11 juillet, il leur donna sa bénédiction avec son consentement.
Ce ne fut pas sans un vif regret. On le comprend; les ecclésiastiques que Dieu appelle à la vie religieuse contribuent beaucoup à l'édification des séminaristes; et le diocèse allait faire deux grandes pertes. Aussi, quelque temps après, l'évêque de Rennes disait à un Père de la Compagnie : ce Que faut-il penser des Jésuites, et ne sont-ils pas coupables de tout le mal dont on les accuse? » — a Pourquoi donc. Monseigneur? » reprit le Père — « Voyez ; je les aimais beaucoup. En i83o, j'offris mon grand séminaire comme asile au R. P. Gloriot. Je devais compter sur sa reconnaissance. Eh bien ! le P. Gloriot a l'ingratitude de me prendre les deux meilleurs sujets de mon séminaire, les abbés de Ponlevoy et Cor. Que pensez- vous de cela? » — a Monseigneur, je pense que c'est Dieu qui les a
pris, et que Votre Grandeur a très-bien fait de les laisser partir; ce dont .nous sommes trèsreconnaissants. y> — a Les voilà bien, ces Jésuites! reprit Févêque en riant, et pourtant je les aime toujours. »
Le Père avait fort bien répondu. L'œuvre était entièrement divine, comme nous l'avons raconté. Mais on croyait alors, et l'on croit encore dans le diocèse, à une pression du P. Gloriot.
Ce qui contribua beaucoup à accréditer ce bruit, ce fut une image fort connue dans le monde ecclésiastique de Rennes. Nous croyons en devoir faire mention. Sous une forme légère, cette caricature propageait une erreur grave qu'on ne peut passer sous silence. L'abbé Ludovic de Ponlevoy, qui en était l'auteur, s'était amusé un jour à crayonner le portrait d'un vieux pêcheur, debout au bord d'une rivière et un panier sur le dos. A travers les joncs de la corbeille, on apercevait un gros poisson qui semblait satisfait de son sort. Le pêcheur, peu occupé de sa proie, portait en souriant ses regards et son attention vers une seconde victime, qui déjà mordait à l'hameçon. Tout le monde à cette vue comprenait l'apologue. Le P. Emile Cor était déjà prisonnier du vieillard ; Arnnand allait bientôt le suivre ; et, quand on n'aurait pas reconnu le P. Gloriot à son air de bonhomie et à son fin sourire, on ne pouvait hésiter en hsant cette phrase placée au