CHAPITRE II. VOCATION
bas de la caricature : « à présent, maintenant, tirons la ligne : la pêche est bonne. »
Les témoignages absolument certains des PP. Gloriot et de Ponlevoy nous prouvent que ce n'était là qu'une plaisanterie dénuée de fondement.
Cependant le consentement de Mgr. de Lesquen était plus facile à obtenir que celai de M. de Ponlevoy. Ce bon père avait bien accepté l'idée d'une vocation ecclésiastique. Mais ce nouveau projet l'atterra. Alors, comme il arrive toujours, des raisons solides en apparence se présentèrent à cette belle intelligence, vaincue par le cœur.
Une semblable résolution n'était-elle pas trop subite? Cette vocation, constatée par le P. Gloriot, était-elle approuvée par tous les directeurs d'Armand? L'influence d'Emile Cor n'avait-elle pas remplacé l'inspiration de la grâce? Pouvait-on prendre des engagements irrévocables sans y avoir longtemps réfléchi? Les vocations éprouvées ne sont-elles pas les meilleures? N'était-il point sage d'attendre encore un an et de ne permettre le départ qu'à la fin des quatre ans de théologie?
Telles furent les réponses du père à la demande du fils. Celui-ci réfuta toutes ces objections dans une longue lettre dont nous extrayons les passages suivants :
a Permettez -moi une explication franche et libre. Père, vous ne désavouerez point la confiance d'un fils; chrétien, vous ne sauriez blâmer la liberté d'un serviteur de Jésus-Christ. Sans doute, je suis votre enfant très-obéissant, mais obéissant jusqu'à l'autel, puisque j'appartiens à Dieu avant que d'être à vous. « Qui suis-je, dicc sait ma chère maman sur son lit de douleur, qui a suis-je pour m'opposer à la volonté de Dieu? ce Qu'elle soit faite en tout et partout. »
ce Cela posé, j'ai toutes les garanties possibles d'être appelé à la Compagnie de Jésus. Ce n'est point un goût passager : voici deux ans que y y pense, et depuis ce temps je n'ai pas éprouvé un attrait qui ne m'y ait porté. Toutes mes pensées toutes mes prières ont été constamment dirigées vers ce but. Tous les directeurs que j'ai consultés ont reconnu en moi les marques d'une vocation véritable. D'ailleurs je puis vous assurer que personne ne m'a donné des insinuations à cet égard; la sainte Vierge seule a ourdi la trame, et j'espère de sa bonté qu'elle me conduira au port. Mon compagnon ne m'a point monté la tête, puisque, pendant près d'un an, mon afî'aire s'est traitée à son insu. Enfin, vous ne soupçonnez point que des motifs humains soient le mobile de ma démarche; car je serais alors le plus fou des hommes, sacrifiant à la fois et le temps et l'éternité. Non; mais la gloire de Dieu, le salut