‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 38 sur 252 · CHAPITRE II. — VOCATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — VOCATION

des âmes et le mien propre, le désir d'être tout à Celui à qui je me dois tout entier, voilà les seuls motifs qui peuvent me déterminer à me séparer du meilleur des pères.

oc D'après cet exposé, j'ai donc une certitude morale de ma vocation; car enfin, le bon Dieu n'abuse point ceux c{ui le cherchent sincèrement. Je n'ai plus à examiner si Dieu m'appelle : ce serait ressembler à ceux qui regardent en arrière après avoir mis la main à la charrue, et ceux-là ne sont pas propres au royaume des cieux. Sous prétexte d'éprouver ma vocation, faut-il différer de me rendre à la voix de Dieu ? Le noviciat est le seul asile où je puisse désormais l'examiner; deux ans y seront consacrés; si je ne suis pas trouvé propre à aller plus loin, le diocèse de Rennes m'est encore ouvert.

ff Hélas! qu'il serait dur pour vous, ô le meilleur et le plus tendre des pères, de m'entendre un jour vous reprocher un malheur dont vous seriez la cause! Mais retarder d'une année de me rendre à la voix de Dieu, sous prétexte d'éprouver ma vocation, c'est m^exposer à tout perdre... Si le bon Dieu met votre tendresse à l'épreuve, en compensation il soutient votre foi; vous aurez la consolation de voir tous vos enfants suivre la voie que vous leur tracez vousmême et, un jour, j'en ai la confiance, d'avoir donné des saints au ciel.

5o LIVRE PREMIER. — FORMATION.

« Excusez, mon cher père, la liberté avec laquelle je vous ai parlé; j'ai cru que c'était mon devoir, j'ai fait ce que j'ai pu, ma conscience est dégagée, la vôtre a toute la responsabilité. Dieu parle d'un côté : Sequere me; vous me dîtes de l'autre : il faut attendre. Si justum est in conspectu Dei, vos potius audire quam Deuin, judicate ^

ce Au reste, il ne m'appartient pas de prendre moi-même un parti extrême; il faut que vous ayez le mérite d'un sacrifice que Dieu vous a ménagé, pour vous sanctifier de plus en plus, et vous détacher de tout ce qui n'est pas Lui.

ce Je mets ces lignes sous la protection de Marie, à qui je dois ma vocation. »

On voit que les motifs les plus sérieux avaient seuls fait impression sur le cœur du jeune séminariste. Le Seigneur lui avait parlé dans la prière et la méditation; aucune considération humaine n'altérait la pureté de l'inspiration céleste ; ses directeurs l'encourageaient; le temps avait mûri ses réflexions; enfin Marie y mêlait l'attrait de son nom et l'assurance de sa protection. Rien n'était plus clair.

Et cependant, cette lettre si calme et si sage fut un coup de foudre pour l'âme religieuse mais sensible du père. Il avait rêvé que ce cher

I. Jugez donc, en présence de Dieu, s'il vaut mieux vous écouter que Dieu lui-même. (Act., iv, 19.)

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