‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 39 sur 252 · CHAPITRE II. VOCATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. VOCATION

enfant resterait à ses côtés, et lui donnerait sa dernière bénédiction. Sa douleur lui fit croire aisément à une illusion dont le démon pourrait être l'auteur et Armand le jouet.

Il lui confia cette crainte. Voici en quels termes le jeune séminariste justifia de nouveau sa résolution :

a Mon cher père, je vous ai fait bien de la peine par l'ouverture de mon secret. J'avoue que c'est ce que je redoutais davantage. La tendresse que j'ai pour vous, la reconnaissance que je vous dois à tant de titres me semblaient incompatibles avec le chagrin que mon dessein vous cause. J'ai peine à croire que le démon m'ait fait illusion jusqu'ici. Outre que le bon Dieu, la sainte Vierge et mes saints patrons ne l'auraient pas permis, il est trop malin pour inspirer à quelqu'un le désir de se donner au Seigneur, de se détacher de tout pour travailler à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Ce serait travailler contre lui-même. y>

Les sœurs d'Armand se mirent de la partie. Il les aimait tendrement. Elles crurent pouvoir exercer une influence décisive. Pauline, qui suivit plus tard son exemple, lui écrivit, le jour de la fête de saint Paul, une lettre touchante à laquelle son frère répondit par ces lignes.

a Ta lettre attendrirait un rocher. Ah ! chère Pauline, ma meilleure amie, mettons-nous tous dans les cœurs de Jésus et de Marie. Que nous

5l LIVRE PREMIER. — FORMATION.

soyons les uns à Pékin, les autres à Rome, nous nous trouverons toujours dans cet asile sacré.

a N'en veux pas à Marie si elle m'appelle dans la compagnie de son divin Fils. Cette bonne Mère pouvait-elle faire davantage pour le plus misérable de ses enfants? »

Quand arriva le temps des vacances de*i833, Armand crut devoir exposer de vive voix à son père et ses motifs et ses désirs. Troublé de cette nouvelle demande, M. de Ponlevoy s'attendrit et exigea un délai d'un an pour réfléchir. Son fils ne répondit à ce refus c[u'en s'inclinant respectueusement. Il ne perdit point son calme, sortit de la chambre paternelle, descendit au salon où jouaient ses sœurs, et demanda gaiement à l'une d'elles de faire avec lui une partie de dames.

Pendant ces mêmes vacances, visitant un jour le Saint-Sacrement, il lui vint en pensée d'acheter un petit livre dont il ne connaissait que le titre : Vie du vénérable Berclimans. Il le lut avec transport, et le passa à son père qui répandit un torrent de larmes.

Emile Cor, plus heureux, avait obtenu le consentement de sa mère. « Pour moi, ajoute Armand, je fus remis à un an par la permission de Dieu. Ainsi le plus jeune, mais le plus prêt, courut plus vite et entra le premier.

« Je me rappelle qu'à cette époque, au moment

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