CHAPITRE II. VOCATION
aux efforts que nous faisons pour la rejoindre. »
Devant cette communication touchante, M. de Ponlevoy demeura inflexible. Mais le jeune séminariste, qui ne voyait pas encore la nécessité d'entrer dans les ordres, demanda conseil à son directeur. Celui-ci fut d'avis qu'il pouvait attendre. L'abbé Armand ne reçut donc pas le sous-diaconât à Noël.
Au reproche que lui attira cette abstention, il répondit, le 26 janvier 1834, par ce petit mot : ce Vous m'adressez quelques observations dans votre lettre. Si je les mérite, je les reçois de bonne grâce. Mais, au reste, le mal ne serait pas irréparable : la Trinité est devant nous; nous parlerons de cela aux vacances de Pâques. »
Ce fut, en effet, à cette époque qu'après en avoir reçu la permission du Père Renault, l'abbé Armand entra dans les ordres sacrés. Avant de faire le pas décisif, il demanda à son père une bénédiction, un pardon général et la faveur de sa présence à l'ordination. Celui-ci, dans sa réponse, ne fit aucune allusion aux projets de vie rehgieuse de son fils. Il « lui pardonnait, bien que sa mémoire ne lui rappelât aucune faute, et priait Dieu, en terminant sa lettre, de ratifier la bénédiction qu'il accordait du fond du cœur. »
Lorsque le nouveau sous-diacre se consacra à Dieu, son frère Ludovic allait être ordonné prêtre. « Qu'il fut solennel, selon l'expression d'Armand,
le jour où les deux frères consommèrent à la fois le sacrifice de leur personne au plus grand et au plus généreux des maîtres! »
Ils restèrent tendrement unis. Armand eut pour Ludovic l'affection et le respect qu'il devait à son aîné dans la vie et le sacerdoce. Ludovic témoigna toujours à son frère Armand la tendresse et la vénération qu'il méritait.
Après avoir servi avec son père la première messe de Ludovic, l'abbé Armand retourna seul au séminaire, pour y finir sa quatrième année de théologie. On verra dans une lettre écrite peu de temps après son retour, que si la volonté dArmand restait inébranlable, son cœur n'était pas insensible.
a Bien loin de^moi le désir de vous faire de la peine. Je vous aime et je vous aimerai toujours. Oh! que je souffre quand j'entends certaines personnes m'appeler fils ingrat! Vous savez le contraire. Ce témoignage me suffit. Prions ensemble le Dieu des vertus de nous donner la force de faire ce qu'il demande de nous. Jamais je ne vous oublierai près de Notre Seigneur et de la sainte Vierge ; et c'est seulement de cette manière que j'espère vous rendre ce que je vous dois... Dans la démarche que je fais, c'est l'accomplissement de la volonté du grand Maître que je cherche. Ce motif seul peut me déterminer : car assurément je n'y consentirais