CHAPITRE II. VOCATION. 5'j
point pour tous les trésors de Louis-Philippe. »
Tant de prières et de raisons décisives obtinrent enfin la permission demandée. A la fin des vacances, vaincu par les instances de son fils et fidèle à sa promesse, le père vertueux plia sous la main de Dieu et donna son consentement.
Hâtons-nous de le dire : malgré la défaillance de la nature, il n'avait jamais sacrifié àTégoïsme la vocation et le salut de son enfant. L'épreuve était relativement courte : il la croyait nécessaire à l'examen d'une question si importante dont la solution lui paraissait précipitée. Armand était vif; serait-il constant? En complétant ses études ecclésiastiques, celui-ci pouvait mûrir aux pieds de Marie une décision qui ne devait pas être prise à la légère. C'était une erreur, sans doute; et, comme le disait le Père Renault, l'Église a institué des noviciats pour éprouver les vocations à la vie religieuse. Mais l'erreur n'était pas volontaire.
Que de pères, hélas! qui, en s'inspirant de cet excès de sagesse, n'ont pas imité cette obéissance religieuse! L'histoire de ces familles est souvent bien triste, et l'on a vu des parents qui, sous prétexte d'un contrôle réputé nécessaire, ont perdu non-seulement la vertu, mais l'honneur et jusqu'à l'affection de leurs enfants.
M. de Ponlevoy avait été plus chrétien et plus sage. Le 7 octobre i834 il réunit toute sa famille.
Armand demanda la bénédiction de son aïeule et de son père; il embrassa ses chères sœurs. Toutes les six étaient présentes. 11 leur dit adieu ; elles ne répondirent que par leurs larmes.
Le futur novice pleurait comme les autres. Mais ce père vénérable, nouvel Abraham, d une voix forte quoique émue : « Allons, dit-il, accomplissons notre sacrifice d une manière digne de Dieu. » Et aussitôt, prenant Armand par le bras, il l'accompagna à pied, tête nue, jusqu'aux portes de la ville, et ne revint chez lui qu'après avoir vu disparaître au loin ce fils chéri qu'il croyait perdu sans retour.
Non, il n'était point perdu pour lui, et nous retrouverons plus loin les preuves de l'afi'ection tendre et apostolique du Père de Ponlevoy pour sa noble et chrétienne famille.