‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 44 sur 252 · CHAPITRE III. — NOVICIAT. 6l · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — NOVICIAT. 6l

vices ^ Cet aimable et modeste religieux, dont les dernières années se passèrent à Rome dans les travaux de l'administration et les fatigues plus consolantes de l'apostolat, avait été chargé depuis i83o de fonder dans les montagnes du Faucigny un noviciat pour les jeunes Français et Savoisiens. Il reçut notre postulant à bras ouverts et, après l'avoir examiné, lui dit : « Mon Frère, vous avez plus à acquérir c|u'à corriger. » Paroles quasi prophétiques : aux qualités supé-

I. Le Père Philippe d'Isarn de Villefort naquit le 2 juillet 1709 au château de Cornus, dans l'Avejron. Il parait qu'il avait dans sa jeunesse un caractère fort irascible. Mais ceux qui ont connu le Père de Villefort comme professeur de mathématiques à Saint-Acheul de 1826 à 1828, comme socius et maître des novices à Avignon, à Chiéri. à Brieg, à Mélan de 1828 à 1884, et surtout ceux qui l'ont vu à Rome de i835 à i8ô6, seront étonnés de cette assertion. Cet apôtre des soldats, des étrangers, des pauvres, du clergé, était devenu si maître de lui, qu'au dire d'un évèque français, on s'écriait à sa vue : « C'est un mort! » Au milieu des nombreux travaux que lui imposaient ses fonctions ou que lui inspirait sa charité, il se montrait égal à lui-même, au point qu'un prélat disait de lui : « L'àme du Père de Villefort est un ciel toujours bleu. » « 11 est bien certainement, ajoutait un autre prélat, Tun des plus saints personnages de notre temps. » Sa mort, arrivée le 26 novembre i866, fut un deuil pubhc. On pensa, d'après quelques paroles qui lui avaient échappé, qu'il succombait victime de son zèle, après avoir offert sa vie pour le salut du Pape, de Rome et de la France. — On peut consulter sur le Père de Villefort un intéressant article du Pèie Chauveau, pubhé dans les Études religieuses, en décembre 1866.

rieures de l'âme, à la sage réserve de la conduite, le séminariste allait, dans la Compagnie de Jésus, joindre une piété plus solide, une science plus complète et un cœur d'apôtre.

Mais la première de toutes les sciences pour un religieux, est celle du crucifix. Le Père de Ponlevoj devait y passer maître, et par quelle série d'épreuves ! La plupart de ses confrères l'ignorent encore, et cette histoire ne leur en révélera cju'une faible partie. Oui, le P. de "Villefort semblait parler au nom de l'Esprit Saint, quand il disait i « Vous avez pLus à acquérir qu'à corriger. »

Les premiiers jours pourtant furent très-heureux. Le Frère de Ponle voy (c'est le nom que nous lui donnerons jusqu'à son sacerdoce) retrouvait son ami d'enfance, le Frère Emile Cor; il faisait connaissance avec de jeunes religieux dont il conserva toute sa vie le meilleur souvenir : le Père Possoz, orateur déjà célèbre; le Frère Estève, missionnaire en Chine ; le Frère Jean-Baptiste Petit, mort en réputation de sainteté^, et plu-

I. Il ne faut pas confondre le Frère J. -Baptiste Petit avec son frère le Père Georges Petit, également mort en prédestiné le 14 mars 1864 à Nantes, qui entra dans la Compagnie le 11 octobre 1840, la même année où mourait son frère. C'est de ce dernier que le Père de Ponlevoy a écrit dans son Mémorial ; « En 1840, j'étudiais la rhétorique, et dans la nuit du 25 au 26 février, mon compagnon de noviciat, l'angélique Frère J. -Baptiste Petit, passa de cette vie fragile à la vie éternelle. »

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