CHAPITRE III. NOVICIAT
sieurs autres qui lui ont survécu. Il les accompagnait dans leurs catéchismes ou leurs promenades, au milieu des populations chrétiennes et de ces petits enfants cjui accouraient sur leur passage et les saluaient en disant : Loué soii Jésus- Christ!
Mais voici qu'à ce premier mois béni succéda un mois d'angoisses. Le Père de Villefort fut appelé tout d'un coup à Rome, le jour même de la fête de saint Stanislas, patron du noviciat. Ce départ attrista tous les enfants du bon Père maître, le Frère de Ponlevoj^ autant et plus que les autres. Le Père de Villefort lavait charmé dès la première entrevue. « Il suffit de le voir une fois pour l'aimer, disait-il. » Le fait est que l'ancien novice resta constamment attaché à son premier guide dans les voies spirituelles. Ils se rencontrèrent rarement, mais entretinrent une correspondance suivie. Jusqu'à sa mort, le Père de Villefort écrivait au Père de Ponlevoy pour lui donner toutes les nouvelles de Rome, et lui recommander, pendant leur séjour en France, les étrangers ou les Romains dont il avait fait la connaissance. Le Père de Ponlevoy rendait tous les services possibles aux protégés de son ancien maître.
Le soir même du départ de celui-ci, les novices commencèrent les exercices de la grande retraite sous la direction du Père Pouty. Mais le Frère
Armand n'y trouva que sécheresse et désolation : « Je venais d'entrer au noviciat, et je voyais, dit-il dans son Mémorial, s'évanouir à mes yeux ma dévotion, ma confiance, mes projets. Je croyais avoir tout fini, et je m'aperçus que je n'avais pas même commencé. Je croyais avoir surmonté tous les obstacles, et je compris qu'il en restait un, et le plus grand de tous à franchir : cet obstacle, c'était moi. Une sorte de tristesse morne et de terreur glaciale s'empara de mon âme, et je passai les trois premières semaines de ma retraite au milieu des orages. »
Ainsi les Exercices auxquels le F. de Ponlevoy devait sa vocation, et qui lui donnèrent plus tard tant de joies, demeuraient, au début même de la carrière, un livre scellé. Secrets abîmes des voies providentielles! Dieu semble se cacher au moment même où il désire se révéler. Il feint de vouloir quitter les disciple s d'Emmaiis, quand il veut leur dévoiler ses mystères. L'important est de ne pas l'abandonner.
On était au commencement de décembre, le F. de Ponlevoy venait de commencer à prendre le congé qui précède la quatrième et dernière semaine des Exercices, quand il reçut l'ordre de partir, avec son ami le Frère Cor, pour le noviciat d'Avignon.
Leur voyage fut une sorte de pèlerinage. Les tombeaux de saint François de Sales et de sainte