CHAPITRE III. NOVICIAT
ne pouvons résister au plaisir de la rapporter ici pour l'édification de nos lecteurs.
ce Le Frère dePonlevoy était d'une piété, d'une douceur, d'une charité qui rappelaient à ses compagnons les belles figures des Louis de Gonzague, des Stanislas, des Berchmans. Je ne sache pas qu'on l'ait jamais trouvé en faute, manquant à la modestie ou au silence. Déjà diacre, et naturellement sérieux, il allait cependant volontiers avec ses Frères plus jeunes et plus enjoués que lui.
«Dans une circonstance, l'un de ces jeunes novices fut appelé à subir ce que nous appelons parmi nous, l'exercice de modestie. « Eh bien, Frère de Ponlevoy, dit le maître des novices, que pensez-vous de Frère un tel? — Il me semble, répondit-il, que notre cher Frère a des allures un peu cavalières et cju'un maintien un peu plus composé n'irait pas mal. »
Là-dessus, le Père maître, prenant le Frère de Ponlevoy à partie, lui dit d'un ton sévère : a Croyez-vous donc c{ue nous voulons faire de nos novices de petites religieuses ou des Chartreux? Ne savez- vous pas c[ue le jésuite est appelé à traiter avec les gens du monde, et qu'une modestie exagérée n'est propre qu'à compromettre ses ministères? etc., etc. Vous devriez vous appliquer vous-même à acquérir quelque chose de plus aisé et de plus aimable dans vos manières. »
Et, continaant sur le même ton, il fit au bon Frère une mercuriale des plus fortes. Tous les novices en étaient surpris; car le Père Solente était naturellement très-doux; mais il savait à qui s'adressaient ces reproches. Le Frère de Ponlevoy les reçut comme venant de Dieu, et dès lors il s'appliqua à faire disparaître ce qu'il pouvait y avoir de raide et de guindé dans sa modestie, et à acquérir ces bonnes manières qui en ont fait l'un des hommes les plus aimables de la Compagnie. Ce n'est pas à moi à dire tout ce que cette amabilité de caractère a gagné et converti de pécheurs dans le cours de sa vie.
ce Le Frère de Ponlevoj, comme c'est l'usage, fit au réfectoire deux ou trois essais de sermons. Dans l'un d'eux, il développa les paroles de saint Thomas, se nascens dédit socium, etc., et il le fit avec une telle onction, une telle piété, une telle pureté de style, que le Père Possoz, déjà prédicateur distingué, ne put s'empêcher de dire : « Nous avons trouvé notre maître ; c'est du Fénelon. » Et les Pères de la résidence et les novices, également charmés, mirent sa modestie à l'épreuVe. 11 prononça aussi un magnifique sermon sur le Sacré-Cœur.
ce L'obligation où il était de dire le Bréviaire ne lui fit jamais chercher ou demander exemption des exercices ordinaires du noviciat. Il aimait surtout à se confondre avec les derniers de ses