‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 49 sur 252 · CHAPITRE III. — NOVICIAT · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — NOVICIAT

Frères, dans ces travaux manuels où l'humilité et l'abnégation ont le plus à s'exercer.

a La maison, étant de nouvelle création, éprouvait tous les inconvénients ou, pour mieux dire, tous les avantages d'une extrême pauvreté. Durant l'hiver surtout, l'impitoyable mistral rendait glaciales et presque inhabitables ' les chambres encore mal fermées ; les lits n'étaient point assez couverts, et les promenades étaient des plus pénibles.

« Le Frère de Ponlevoy, dont le tempérament était assez délicat, souffrait beaucoup. Nous l'avons vu maintes fois les mains horriblement enflées et ulcérées par les engelures, les lèvres livides et la figure contractée par le froid, et grelottant de tous ses membres ; et cependant, au lieu de se plaindre, il s'efforçait alors de sourire et d'égayer ses jeunes compagnons. y>

« Il nous gelait rien qu'à le voir, raconte le Père du Bourg; aussi l'obligea-t-on à ne pas se contenter d'une simple soutane. »

« Sur les sentiers de ma longue vie, dit en terminant le Père Soint-C3^r, j'ai rencontré bien des Pères, bien des Frères, j'ai parcouru un grand nombre de provinces; oui, partout j'ai trouvé de vrais enfants de la Compagnie. Je dois dire cependant qu'il y en a peu dont le souvenir se soit conservé aussi doux, aussi embaumé dans mon âme que celui de cet ange de mon noviciat

d'Avignon. Sa carrière et la mienne ont été bien différentes : nous nous sommes toujours cependant gardé une amitié intime. Un jour, je l'espère, nous nous trouverons encore réunis, et ce sera, Deo juvante, pour l'incommensurable éternité. »

Il faut que l'impression produite par les vertus du Frère de Ponlevoy sur l'âme du Père Saint-Cyr ait été bien profonde, pour conserver après quarante années taat de fraîcheur et de vivacité! Mais ce qui doit frapper encore plus le lecteur, c'est que les Frères du pauvre novice ignoraient absolument ses peines intérieures.

Dans les lettres écrites par le Frère Armand à sa famille, on ne voit non plus aucune trace de ces épreuves. Il semble au contraire que, par une sorte de pudeur religieuse, ou pour épargner à ses jeunes sœurs l'ennui d'un sermon épistolaire, il s'efforce de les charmer par ses récits. « Vous croyez, dit-il à sa sœur Pauline, que nous avons tous ici des mines rébarbatives et des fronts toujours ridés? Allons donc! Nous avons mille sujets d'être bien joyeux. »

• Qui se douterait, en lisant les lignes suivantes, que le spirituel correspondant fût crucifié dans le fond de l'âme?

a Pauline apprendra avec intérêt que nous sommes dans cette plaine fameuse où Marias battit les Cimbres et nos bons amis les Prussiens.

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