‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 51 sur 252 · CHAPITRE III. NOVICIAT · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. NOVICIAT

de me transformer en pêcheur. Tu sais fort bien ce qu'il en est. Mais je suis sûr qu'une seule retraite faite ainsi te serait plus profitable, que mille autres que tu pourrais faire d'une autre manière. »

11 n'y avait pas besoin de ce témoignage réitéré, pour croire à la sincérité du novice apôtre. Les conquêtes des Exercices se font comme celles de FÉvangile, en aidant l'action de la grâce sans la vouloir suppléer.

On a dû remarquer, dans la lettre écrite par le Frère de Ponlevoy à son père, une allusion à des faits dont il avait été témoin près du tombeau de saint François Régis. En effet, quelque temps auparavant, il partait d-' Avignon pour la Louvesc avec le novice M. S., qui venait d'entrer au noviciat et en sortit plus tard. C'était la première fois, et ce fut la dernière, que l'on permit de faire à pied un pareil pèlerinage. La route était longue, fatigante, à travers les montagnes, et l'on était au cœur de l'été! Le pauvre M. S. tomba d'épuisement à une certaine distance du but, dans un pays désert ; mais le Frère de Ponlevoy, quelque chétif qu'il fût, ne se découragea point, a Je ne suis point un Hercule de profession, racontait-il plus tard; mais il n'y eut pas à dire. Mon compagnon passa ses bras autour de mon cou, et ainsi je fus contraint de le porter, de le traîner, ou plutôt de nous traîner jusqu'à une ferme voi-

sine. » Il conserva de ce rude et saint voyage un souvenir précieux; et, plus tard, quand il le put, il revint avec bonheur se retremper dans l'esprit apostolique, auprès du thaumaturge du Vivarais.

Outre l'exercice des pèlerinages, les novices d'Avignon étaient heureux de se soumettre à l'épreuve des hôpitaux. On envoyait ces jeunes religieux deux fois par semaine soigner et instruire les malades. C'est là que le Frère de Ponlevoy fit une rencontre, qu'il racontait plus tard en ces termes : « Un soir, après l'instruction, entrant dans la sacristie pour déposer mon surplis, je vis, sans bien distinguer, comme une forme humaine qui remuait à terre. Je me baissai; l'objet s'approche de moi, et je me sentis étreindre une jambe, en même temps que ces paroles frappaient mes oreilles : a Père, comme vous avez été bon pour eux, soyez-le aussi pour moi. » Pauvre homme! il avait les deux jambes et le bras gauche de moins. Je l'assis dans une chaise, et lui demandai son histoire. Voici en gros ce qu'il me raconta :

ce J'étais matelot à bord du T. au moment oii ce grand navire sauta pendant la bataille de Trafalgar. Mille hommes, soldats ou marins, furent lancés en l'air plus ou moins mutilés et retombèrent dans l'eau où ils se noyèrent. Moi, j'eus les deux jambes et un bras tranchés. Pourtant, je n'avais pas perdu connaissance, et, au mon:ient où je

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