‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 52 sur 252 · CHAPITRE III. NOVICIAT · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. NOVICIAT

retombai, il me vint à l'esprit une prière que ma bonne mère m'avait apprise, et me faisait souvent réciter en se tournant vers Notre-Dame de la Garde. C'était le Salve Regina. Je me mis à la réciter. A peine avais-je commencé, qu'une grosse pièce de bois, un débris de mât, fut poussé de mon côté. Je m'y accrochai, et chaque fois que mes forces m'abandonnaient, je criais de nouveau à la sainte Vierge : Salve Regina, mater misericordiœ! Le combat dura encore une heure ou deux; puis, les canons cessèrent de tonner. Les Anglais vainqueurs me recueillirent et me soignèrent ; la sainte Vierge m'avait sauvé ! »

Ce fait montre combien l'humble prière d'un homme, bien qu'éloigné de la pratique religieuse, est puissante sur le cœur de Marie. Le Frère de Ponlevoy, enfant privilégié de la sainte Vierge, aimait à le prouver par ce récit.

Cependant le temps du noviciat touchait à son terme, et le Frère Armand était toujours en proie aux mêmes alarmes. Pour le distraire peut-être; ou pour diminuer la durée des longs travaux auxquels il devait se livrer plus tard, on lui fit repasser sa philosophie. Cette étude si importante en elle-même devait le disposer à recommencer bientôt le cours de sa théologie. Comme il avait été constamment le premier de sa classe à Rennes, on pensait qu'en deux mois il pourrait subir avec succès un examen d'en-

semble. Le Frère de Ponlevoy n'était pas de cet avis, ce Jugez, écrivait-il à son père, si je dois être rouillé depuis le temps que je n'ai pas vu ces matières, surtout en supposant que la première fois, je ne les ai étudiées que d'une manière superficielle et quasi nulle. Je déchiffre comme je peux mes vieux cahiers poudreux, et je suis fort étonné de voir que j'étais inennaisien ■ sans savoir même ce que c'était. Mais j'ai dit un grand ahrenujitio. »

L'événement donna tort à ces humbles prévisions, et il subit son examen avec succès.

Toutefois ces travaux n'avaient pu le distraire de ses secrètes inquiétudes. Allait-on l'admettre à faire ses vœux? pourrait-on garder longtempsun religieux qui paraissait aussi incapable? Étranges angoisses chez un homme qui devait un jour tant servir et honorer la Compagnie!

Dieu qui, dans les événements généraux du monde, prévoit avec amour les moindres actions de ses élus, rendit enfin la paix à son enfant, à //occasion d'une disposition prise par les supérieurs. La province de France venait d'être divisée en deux provinces : l'une, au nord, resta en possession de ce nom; l'autre, au midi, reprit le titre ancien de province de Lyon. De là deux noviciats, l'un à Saint-Acheul, l'autre à i^^.vignon.

Cette mesure eut pour le Frère de Ponlevoy

i Disciple de Lamennais.

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