CHAPITRE IV. — ETUDES
d'une manière frappante. Un jour, dans une de ses promenades, il fat surpris avec un de ses compagnons par une pluie torrentielle. Force leur fut de chercher un abri dans une cabane de charbonnier. [Is y étaient à couvert depuis un temps assez considérable, et pourtant l'orage augmentait de violence. « Allons; il se fait tard, dit le Frère de Ponlevoy, nous ne reviendrions pas à temps, si nous restions ici; partons. 3> Nos deux scolastiques furent heureux, malgré la pluie dont ils étaient inondés, d'être ponctuels au rendez- vous de la règle. Mais quelle fut leur reconnaissance pour Dieu quand ils apprirent le danger auquel ils avaient échappé ! Cinq minutes après leur départ, deux hommes s'étaient réfugiés dans la cabane; à peine y étaient-ils enft-és, c[ue le tonnerre les avait foudroyés. On retrouva leurs corps noirs et calcinés. Le même sort était probablement réservé au Frère de Ponlevoy et à son compagnon, s'ils avaient résisté à l'inspiration du devoir.
La Providence daigna une autre fois accorder à son serviteur la même marque de bienveillance. Quelques années après, professeur à Brugelette, et se rendant à Paris par le chemin de fer, il fut très-instamment prié de séjourner quelques heures chez un des fondateurs du collège, M. Dubois-Fournier. Obéissant à un sentiment de charité, il s'arrêta à Valenciennes. Le train continua
sa marche, et le Frère de Ponlevoy apprit le lendemain que son wagon, en tête du convoi, s'était englouti avec douze autres dans les marais de Fampoux. Il remercia le Seigneur qui l'avait arraché à une mort affreuse et inévitable.
Le Frère Armand cjuitta Namur pour aller, en octobre 1837, à Saint- Acheul, où il devait compléter sa théologie.
Cette science est la première de toutes, surtout pour un prêtre; encore plus pour un jésuite, dont la vie est essentiellement militante. Aussi la Compagnie de Jésus fait-elle dépendre en grande partie du succès obtenu dans ce genre de travaux le jugement qu'elle porte sur ses enfants. Les quatre années de théologie cju'elle leur accorde sont d'ailleurs d'autant plus fructueuses, qu'elles sont préparées régulièrement par deux ans d'études grammaticales et littéraires, et par trois années de philosophie et de sciences.
Les connaissances dogmatiques et morales du Frère de Ponlevoy étaient trop sérieuses pour être renouvelées entièrement, trop insuffisantes pour n'être pas complétées. Il eut donc à les reprendre en sous-œuvre de 1837 à 1839. D'après lui, ces deux années valaient bien les quatre ans employés jadis à réciter par cœur un auteur élémentaire. PJus tard, il montrait quelquefois la série de ses thèses d'examen final parfaitement rédigées, et disait cju'avec un rapide coup d'œil