CHAPITRE IV. — DIRECTION. Io
nière neuve, ce qui rendait ses classes extrême- .ment intéressantes, bian qu'elles fussent trèssérieuses; le même talent se faisait remarquer dans ses prédications. »
On le voit, pendant les quatre années de son enseignement, presque uniquement préoccupé du bien de ses élèves, préparant sa classe avec soin, la faisant avec dévouement, maintenant la discipline avec une douce fermeté, se faisant chérir et craindre, combattant intérieurement contre ce découragement fatal qu'il rencontrait à chaque pas de sa vie.
Tant de qualités faisaient pressentir le directeur consommé.
C'était là vraiment son emploi de prédilection, et pour lequel il avait reçu une merveilleuse aptitude, ce Comme professeur, il était fort brillant, nous écrit le P. Pillon, et fort aimé de ses élèves. Mais le théâtre où il s'est le plus et le mieux révélé, a été la direction des élèves de la Congrégation et les instructions familières. »
Il avait été chargé de parler aux enfants du collège avant d'être appelé à les diriger. Dès le juvénat, le P. Recteur voulant le relever à ses propres yeux, lui avait confié quelques prédications. Il continua ce ministère pendant tout le temps de son séjour à Brugelette.
Il nous a laissé quarante-cinq instructions, écrites, presque tout entières, sans rature, et
Io6 LIVRE PREMIER. — FORMATION.
qai en supposent au moins autant d'autres. Dans ces pages encore vivantes, on devine l'orateur .et on comprend l'apôtre. Ces instructions sont de deux sortes : les unes, d'une composition soignée et quelquefois d'un style fleuri, trahissent le jeune professeur d'humanités; les autres appartiennent surtout à la période où le Père devient exclusivement directeur des élèves.
Pour donner une idée de la première manière, je citerai un fragment de discours prononcé en octobre iS^r, pour l'ouverture des classes. L'orateur allait commencer, cette année même, à enseigner les humanités. Voulant montrer que la littérature moderne dénature la religion parce qu'elle n'en prend cjue les apparences, il s'écrie : ce L'homme dans la détresse s'adresse de nos jours à la religion, mais hélas! il ne demande même pas le pain de son âme; il vient mendier près d'elle quelques-unes de ces émotions dont il a tari la source. Quoi! ce n'est donc qu'une pâture pour vos sens que vous demandez â une religion toute d'esprit? Vous ne cherchez dans ses mystères que des contrastes; dans son histoire que les péripéties d'un drame î Vous voulez donc vous jouer avec la Croix qui sauva le monde, comme le brillant génie de la Grèce avec le sceptre impuissant des dieux de l'Olympe!
ce II y a plus, sous prétexte que la poésie, fille de la fiction, autorise les écarts de l'imagination^