‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 81 sur 252 · CHAPITRE V. — EXERCICES DE S. IGNACE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — EXERCICES DE S. IGNACE

plutôt que les richesses ; les opprobres avec Jésus- Christ rassasié d'opprobres, plutôt que les honneurs; être traité comme un insensé pour Jésus- Christ qui le premier a été traité comme tel, plutôt que d'être estimé sage en ce monde. Cum Christo et pro Christo; voilà Je charme pour le cœur et tout le secret du troisième degré d'humilité.

ce Quand on aime, on ne peut pas rester neutre; on se prononce, on préfère. Eligo magis. Quoi? N'importe. Tout ce que Notre-Seigneur a choisi lui-même. Pourquoi? Pas pour autre chose, pour être avec lui, Cum Christo, partout, fût-ce même sur la croix.

ce Après cette explication du troisième degré d'humilité, saint Ignace ajoute un paragraphe précieux sur les moyens à prendre pour l'acquérir.

ce On le présume assez; on n'arrive point au sommet sans avoir gravi les versants; on n'entre point par la porte étroite sans efforts; contendite intrare. C'est dans le fait une entreprise ardue ; il faut en venir avec soi-même aux moyens extrêmes. Or, chez plusieurs, le courage faillit au milieu du labeur : les uns ont peur d'essayer, les autres ont peur de réussir. Qui desiderat hanc tertiam hurnilitatem ohtinere. Avant tout, il faut désirer ce troisième degré pour l'obtenir. Nous ne l'aurons pas malgré nous, ni sans nouSj.

Il ne pousse pas dans notre sol comme un produit naturel et spontané, bien moins encore irait-il sur notre terrain comme un intrus qui s'impose. Le troisième degré d'humilité est en dehors et audessus de nous. C'est par ce désir que nous l'attirons à nous et que nous montons jusqu'à lui; encore ne suffira-t-il pas d'un désir quelconque, il faut qu'il soit en rapport avec la circonstance, c'est-à-dire proportionné avec ce que vaut et ce que coûte l'objet du désir. Pour avoir ce désir, il sert beaucoup de faire les trois colloques des trois classes. Oui, il sert beaucoup^ multum prodest. Cette prière non-seulement est parfaitement dirigée pour obtenir ce qu'elle demande, s'adressant par la Mère au Fils et par le Fils au Père ; mais encore elle est parfaitement conçue pour trouver ce qu'elle cherche, commençant par prendre les moyens pour arriver à la fin, les humiliations pour atteindre l'humilité.

« Enfin je demande que Notre-Seigneur veuille bien me choisir pour ce troisième degré, Petendo ut Dominus noster velit eligere... Voilà qui paraît étrange !

« Tout à l'heure je disais avec assurance : Volo et eligo, comme si la chose dépendait de moi et maintenant je me rabats timidement et je finis par dire en suppliant : Dominus eligere velit, comme si la chose ne dépendait que de lui. Eh bien! l'un et l'autre est vrai : nous pouvons

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