CHAPITRE PREMIER
Le P. de Ponlevoy était prêt pour l'apostolat Ses épreuves intérieures au noviciat lui avaient appris à diriger les âmes découragées. Ses travaux divers et quelquefois infructueux à Namur, à Saint-Acheul et à Brugelette lui avaient donné, avec des connaissances très-utiles, la science pratique de l'humilité, indispensable aux ouvriers évangéliques. L'enseignement et la prédication faite aux élèves avaient développé son éloquence naturelle et son zèle pour le salut des âmes. La direction des congréganistes l'avait initié aux mystères des voies intérieures. Mais
surtout l'étude approfondie des Exercises de saint Ignace sous le patronage de Notre-Dame d'Ay l'avait rendu un homme vraiment spirituel, et lui avait imprimé le cachet de la Compagnie. Ce cachet se retrouvera partout dans ses œuvres : prédications, retraites, direction, tout sortira des Exercices.
Il semblait donc qu'à son arrivée à Pans « dans cette vilaine grande ville où les extrêmes se touchent, » comme il l'écrivait à sa sœur, tout allait favoriser son zèle. Il n'en fut rien.
Que manquait-il donc? une impulsion providentielle. Dieu, pour lui faire désirer cet appui, permit que dans les premiers temps de son séjour, il se trouvât à Paris comme dans un désert.
Depuis la fin de son troisième an, il avait été occupé très-activement. Des retraites données au grand et au petit séminaire de Chartres, au collège de Brugelette, au séminaire du Saint- Esprit à Auxerre, avaient rempli le mois de septembre et d'octobre. Quand il vint dans la capitale, après avoir vécu comme à la campagne pendant tant d'années, mais entouré d'amis et d'enfants, il se vit perdu au milieu de cette multitude et de cette agitation égoïste. Les Pères de la rue de Sèvres étaient en petit nombre et fort occupés : le nouveau venu était sans conseil et sans appui. « Ah! dit-il, dans les quelques lignes