CHAPITRE PREMIER. — DEBUT
qui terminent son Mémorial, il est bon d'avoir éprouvé cette peine. S'il y a un lieu où le jeune frère doit être soutenu par un frère aîné, c'est ici surtout, à Paris. »
Il ne tarda pas cependant à s'occuper activement de l'œuvre qui lui était confiée, celle de la confession des jeunes gens.
Parmi ceux qui s'adressèrent d'abord à lui, il retrouva plusieurs anciens élèves de Brugelette. L'un d'eux nous fait part de ses impressions à cette époque. « Lorsque je quittai le collège pour la vie de Paris, je le rencontrai de nouveau, et, dans le monde comme au collège, ses conseils guidèrent mes premiers pas... Son image vénérée placée sur mon bureau, semble encore présider à mon travail, et j'y retrouve, avec le souvenir de tout ce que je lui dois, l'empreinte de cette douce et aimable sainteté dont son âme avait marqué tous ses traits. »
A ces jeunes gens de Brugelette se joignaient quelquefois des pénitents d'un autre genre. « Un pauvre enfant de dix-huit ans, raconte le P. de Ponlevoy, à la date du 29 décembre 1847, employé de bureau dans je ne sais quel ministère, m'arriva je ne sais d'où ni comment, dans un état religieux et moral déplorable, disgracié et rudoyé par son père, désespéré par conséquent et voulant se tuer. Il se laissa décider enfin à se mettre à genoux avec moi, pour réciter le
Memorare, et immédiatement après il se confessa. »
Malgré ces œuvres de zèle, le P. de Ponlevoy était toujours en proie à la tristesse. Les préoccupations politiques s'ajoutaient aux peines intérieures. Le radicalisme triomphait en Suisse, menaçait l'Italie, agitait la France. « Nous avons le cœur navré, écrivait-il. Enfin, le bon Dieu mène le monde et il sauvera son Eglise. Mais la défaite du Sonderbund est un coup qui en présage d'autres. »
L'orage prévu éclata. La révolution de Février renversa le trône de Louis-Philippe. Pourtant, au grand étonnement de tous, elle semblait pacificjue et religieuse. « L'instinct du peuple, écrivait le P. de Ponlevoy, est favorable à l'ordre et à la religion même, et, à juger de l'ensemble par bon nombre de faits partiels, Paris s'étonnerait de se retrouver un peu chrétien. »
Cependant la révolution ne peut longtemps se contraindre, et, au dire de M. Thiers, elle aboutit tôt ou' tard au sang ou à l'imbécillité, ce Vous savez, ajoutait le P. de Ponlevoy, ce qu'est ce peuple, ce robuste enfant, comme M. de Maistre (mon bon ami) l'appelle, ingénieusement à son ordinaire. Ce sont les meneurs qui sont à redouter. Demain ils nous feront pendre, si bon leur semble, pour cause de contre-révolution. — Enfin à la grâce de Dieu; après tout, le moyen de