‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 95 sur 252 · CHAPITRE PREMIER. — DÉBUT. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — DÉBUT. i

ne rien perdre, quoi qu'il advienne, c'est de se mettre tout d'abord du parti de Dieu. »

Les journées de Juin vinrent confirmer ces craintes et augmenter ces tristesses. Il put en constater de près les malheurs, comme nous l'apprendra la lettre suivante écrite à son père. a Voilà donc quatre jours passés entre la vie et la mort! De toutes nos épreuves, c'est sans contredit la plus terrible. Les insurgés avaient un plan trop bien conçu, et ils ont opéré avec un effrayant ensemble; ils se croj^aient sûrs du succès; leur résolution, leur acharnement, leur désespoir, ont tenu longtemps en échec une armée entière et causé des malheurs sans nombre. Je ne vous aurais pas souhaité d'avoir été à Paris durant ces jours néfastes. Au dehors, tout bruit avait cessé, excepté la générale, la détonation du canon et la fusillade, et le tocsin dans les quartiers insurgés. Toutes les rues militairement occupées; toute circulation interdite d'un quartier à un autre, et même d'une rue à l'autre, à moins d'être escorté par un factionnaire, l'arme au bras. Cette guerre de Paris est infernale. Le coup qui a frappé notre pauvre archevêque et auquel il vient de succomber a été déploré par les révoltés eux-mêmes. Ils l'ont relevé en pleurant, et l'ont porté avec tout le respect et les égards convenables de la place de la Bastille aux Quinze-Vingts, d'où on l'a transporté

le lendemain à l'arclievêché. Avant-hier, mardi, vers trois heures de l'après-midi, j'ai accompagné notre Supérieur qui allait le voir; nous l'avons trouvé expirant. Cette mort excite l'indignation et l'admiration universelle. J'ai dû, hier encore, traverser d'un bout à l'autre, à pied bien entendu et en soutane, cet interminable quartier Saint- Antoine, pour aller voir un jeune malade auprès de la barrière du Trône. Je crois que tout Paris était là par curiosité ; c'était dans toute la longueur une foule compacte, et d'innombrables soldats. Toute la rue Saint- Antoine a été emportée pourtant, pied à pied; mais le canon devenait impuissant contre les barricades ultérieures du faubourg; on allait bombarder, quand le quartier s'est rendu. Les révoltés se sont sauvés on ne sait où. Que de familles en deuil! que de blessés! Un des nôtres est en permanence à l'Hôtel-Dieu. J'y ai passé l'avant-dernière nuit, ayant à veiller pour ma part au moins sur deux cents malades. Que c'est triste à voir et à entendre ! Dieu merci! tous se sont confessés, et montrent des sentiments chrétiens. Voilà, mon cher père, où nous en sommes. Est-ce la fin, ou. le commencement? Prions et ne craignons que Dieu, et n'espérons qu'en Dieu. »

Le P. de Ponlevoy, on peut le constater par cette lettre, était plein d'une généreuse activité. Mais l'impulsion providentielle qui dirige toutes

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