‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 96 sur 252 · CHAPITRE PREMIER. DÉBUT · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. DÉBUT

les forces vers un même but clairement déterminé manquait encore. Il la cherchait dans la prière. Dieu la lui envoya vers la fin de l'année.

Le P. de Ravignan, ancien supérieur de notre maison de Bordeaux, venait s'établir à Paris; quelques mois après les journées de Juin, il fut mis à la tête de notre résidence de la rue de Sèvres.

C'était l'homme que Dieu avait choisi pour initier le P. de Ponlevoy.

La première entrevue des deux religieux avait eu lieu à Saint- Acheul. Le conférencier de Notre- Dame s'était retiré dans la solitude pour préparer son carême. Le jeune novice allait prononcer ses premiers, vœux, a Je me promenais dans le jardin, dit le Mém.orial. Il vint à ma rencontre, et me parlant avec douceur, se recommanda à mes prières, et me donna le baiser d'adieu. J'admirai une humilité si profonde et une charité si grande, et dès lors toutes les fois que j'entendais prononcer son nom, mon cœur se portait vers lui, poussé par je ne sais quel instinct secret. »

Le P. de Ravignan passa deux fois à Brugelette, et deux fois produisit une impression profonde sur l'âme du P. de Ponlevoy. « Tous nos élèves, écrit celui-ci en 1845, ont été enthousiasmés de son affabilité et de son zèle. Par le fait c est un saint homme. Je le vénère bien plus pour sa vertu que pour son talent. »

Il le revit dans Je courant de juin 1846, après le jubilé de Liège, avec la couronne que la souffrance ajoute au vrai mérite. « Tout harassé, dit-il, du carême à Notre-DaTne et d'une station qu'il venait de donner à Nantes, il a failli sous le travail, est tombé malade assez sérieusement, et remis à peine, il a prêché comme quatre les derniers jours du jubilé. C'est là un métier à finir de bonne heure. J'espère qu'on forcera ce saint homme à vivre. Oh! quelle vénération il inspire partout! 11 a une puissance de parole tout apostolique. Mais sa présence seule prêche. »

Qui eût dit alors cjue ces deux rehgieux séparés par tant de distances, n'auraient plus bientôt qu'une même existence et un même cœur. C'est par la sainteté de leur vie reflétée jusque sur leur extérieur; c'est par l'amour des Exercices qu'ils furent véritablement deux frères d'armes. Tel est le secret de leur amitié persévérante.

A part cette physionomie de famille que Notre- Seigneur et saint Ignace leur donnaient, ces deux amis n'auraient pas eu beaucoup de traits de ressemblance. Tous deux sans doute furent élocjuents, affables, hommes de conseil, d'action et de bonne compagnie. Mais sous ces rapports même, que de différences! La parole du P. de Ravignan avait je ne sais quoi d'éclatant et de hardi qui convenait à cette nature ardente, à ce magistrat -guerrier. Secondée par une voix

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