‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 97 sur 252 · CHAPITRE PREMIER. — DÉBUT. iS'J · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — DÉBUT. iS'J

pleine, sonore, un peu méridionale, accompagnée d'un geste vigoureux et saccadé, son éloquence convenait aux grands élans et aux vastes auditoires.

L'organe faible, l'apparence chétive, l'extrême modestie du P. de Ponlevoj ne lui permettaient pas souvent d'aborder les chaires des basiliques. Mais dans une étroite enceinte, devant un public d'élite, quelle délicatesse de goût! quelle onction pieuse ! quelle parole brillante, et au besoin quelle énergie réelle mais contenue, comme un fleuve entre ses rives !

Tous deux ont écrit des livres et des lettres. Pourtant les ouvrages du P. de Ravignan, si nous en exceptons celui C[ui a pour titre : De l'Existence et de rinstitut des Jésuites, auraient besoin de sa voix pour commander l'attention ; il faudrait les entendre plutôt que les lire. Ceux du P. de Ponlevoy garderont longtemps le charme de cœur et de style qui les embellit.

Leur gouvernement à tous deux fut inspiré par l'amour des règles et le zèle du bien. Mais le supérieur méridional voulait enlever d'assaut et sanctifier tout d'un coup les âmes. Le supérieur breton, non moins ferme, avait dans sa conduite quelque chose de plus lent, de plus froid peutêtre, mais de plus calme et de plus sûr.

L'accueil du P. de Ravignan était plus ardent et plus ouvert. L'interlocuteur se sentait dompté

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par une âme d'apôtre. Les visiteurs du P. de Ponlevoy vénéraient la réserve sainte du religieux; ils étaient séduits par le cœur tendre du père.

Les hommes du monde s'imaginent souvent que les jésuites perdent leurs traits distinctifs dans le moule où on les a coulés. Qu'ils se détrompent. Où vit-on deux frères joindre, à une plus grande ressemblance de famille, une physionomie plus différente?

A peine installé, le P. dç Ravignan voulut faire du P. de Ponlevoy son bras droit comme ministre. 11 lui écrivit : « Me voici depuis avanthier revenu en famille et avec le fardeau sur les épaules. Un nom bien cher et bien consolant est venu, après le mien, pour m'assurer un aide et un appui selon tous mes vœux. Vous êtes donc ministre. Prions pour que l'Esprit de Notre- Seigneur se repose sur vous. »

Le P. de Ponlevoy reçut cette lettre à Rennes où il prêchait une retraite. Il revint promptement retrouver son nouveau supérieur.

ce Dès que tous deux nous avons été réunis sous le même toit, dit-il dans son Mémorial, le lien qui nous attachait l'un à l'autre se resserra. Mais hélas ! quelle différence entre nous deux ! Il était tout cœur; j'étais tout de glace. Il me donna beaucoup, et je ne connais personne qui ait tant fait pour moi. Et moi, que lui ai-je rendu? Je ne

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