LE R. P. LOUIS MILLE RIOT
ses parents qui dès lors y séjournèrent, Louis, à Tâg-e de treize ans, fut accueilli par un excellent prêtre, M. l'abbé Garnier, premier vicaire de Sainte- Valère, qui lui donna des leçons de latin. L'enfant montrait une ardeur incroyable pour apprendre, travaillant du matin au soir, sans jamais prendre aucune récréation. Au bout d'une année, il avait traduit les principaux auteurs, la plume à la main ; il écrivait et parlait le latin avec une assez grande facilité.
Toutefois ce n'était là qu'un heureux début.
Ses parents, résolus à tous les sacrifices pour correspondre aux desseins de la Providence sur leur cher enfant, l'envoyèrent terminer ses études . à l'institution de M. Liautard, collège déjà florissant et destiné à devenir célèbre sous le nom de Stanislas.
Fondé, en J804, par un prêtre d'un noblecaractère et d'un grand talent, M. Liautard, le collège auquel Louis XVIIÏ devait donner plus tard un de ses noms, s'appelait modestement alors la maison d'éducation de Notre- Dame des Champs, à cause de la rue où il
8 LE R. P. LOUIS MILLERIOT
est situé. Il avait commencé avec cinq ou six élèves; en peu d'années il s'était développé au point de former trois grandes divisions distinctes : le petit collège, destiné aux plus jeunes enfants; le collège proprement dit et le séminaire de Notre-Dame des Champs, d'oii sortirent plusieurs centaines de prêtres et des évêques tels que NN. SS. d'Héricourt, de Margaerie, Angebault, de la Tour d'Auvergne, Dupuch, parmi les morts; et parmi les vivants, NN. SS. de Dreux- Brézé, de Briey, etc. (1).
Ce que fut Louis Milleriot dans cette maison chrétienne, nous pouvons le conjecturer aisément, en songeant à sa vocation sacerdotale fidèlement poursuivie, à l'inaltérable affection qu'il garda pour son collège et à la confiance de ses anciens maîtres qui l'y rappelèrent bientôt pour le charger de difficiles et importantes fonctions.
(l) Le Collège Stanislas, notice historique. Paris, 1881«.
L'abbé Milleriot professeur et préfet de discipline.
Quand Louis Milleriot eut achevé ses études, M. Liautard l'envoya, en qualité de professeur à M. Rollin, supérieur du petit séminaire de Châlons-sur-Marne. Le directeur de Stanislas, pour faire d'un mot l'éloge de son jeune protégé, écrivait : « C'est un homme gui n'a jamais menti. »
L'abbé Milleriot, après un séjour de deux ou trois ans à Châlons, fut appelé à remplir le même poste au petit séminaire de Reims.
Plein d'une foi vive, habitué à méditer les grandes vérités de la fin dernière qu'il devait prêcher plus tard avec tant d'énergie, il fut alors favorisé d'une grâce qui n'est pas sans
10 LE R. P. LOUIS MILLERIOT
analogie avec celle que, dans la même ville, reçut autrefois saint Bruno.
« Je venais de me mettre au lit. Après quelques instants, je me sens frappé, saisi de cette pensée à jamais solennelle, l'âme paraissant devant Dieu. Bientôt une profonde terreur s'empare de moi ; je tremble de tous mes membres. Craignant de mourir, je me lève, je vais me jeter aux pieds de mon confesseur et je lui découvre l'état où je suis. Bien que je ne me sentisse coupable d'aucune faute grave, je me confesse; on m'absout, on me rassure. Cela fait, je reviens me coucher et ne tarde pas à m'endormir d'un sommeil tranquille. »
Et l'humble prêtre ajoute : « Qu'ai -je encore fait de cette grâce? Pourquoi ai-je fermé les yeux à cette vive lumière? Dieu voulait faire de moi un saint. S'il ne l'a pas pu, c'est que je ne l'ai pas voulu. Quand je paraîtrai devant lui pour être jugé, qu'auraije à répondre? Hélas! je serai comme ce méchant serviteur de l'Evangile, qui n'eut qu'à se taire : At iile obmutuit, »
LE R. F. LOUIS HILLERIOT 11
En quittant le petit séminaire de Reims, l'abbé Milleriot revint à Paris, dans son cher collège Stanislas, oii il devait exercer durant quinze ans les charges de directeur et de préfet de discipline. Bon et sévère tout ensemble, il a pu se rendre plus tard le témoignage d'avoir uni toujours à la justice la charité. S'il était inflexible pour les fautes graves, il savait pardonner aux enfants leur légèreté et leur espièglerie.
En 1828, le vénérable M. Auge chargea l'àbbé Milleriot de la direction du petit collège, composé des basses classes. Plusieurs de ses anciens élèves ont bien voulu réveiller des souvenirs lointains, et voici ce qu'ils nous racontent de celui qu'ils appelaient alors, avec un sentiment de crainte filiale, Monsieur Milleriot, et que M. Liautard avait surnommé V homme de fer. M. Milleriot était aimé autant que redouté. Dès cette époque, il était déjà l'homme de la règle, et il commençait par se l'appliquer rigoureusement à lui-même, afin d'être plus en droit d'en exiger des autres une fidèle observation.