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Aussi bien, c'était la -peùte de sa nature, essentiellement méthodique et ordonnée.
Le premier levé et le dernier couché, en dehors des classes et des études il présidait à tous les exercices et principalement aux divers mouvements qui précèdent et suivent les récréations, moments critiques oîi le calme et le silence ont toujours quelque peine à se faire et oii il savait sa présence plus utile. Un mot, et le plus souvent un regard, suffisait pour rétablir l'ordre, quand il tardait à se faire, tant son autorité était irrésistible.
On put en mesurer toute l'étendue un certain soir d'hiver, à la rentrée d'une longue promenade sous la conduite d'un maître antipathique aux élèves, qui lui prêtaient des goûts et des procédés de tyran, peut-être parce qu'il portait le nom de Denys. Mille misères lui avaient été faites durant la promenade, mais elles n'étaient que le prélude d'une révolte en règle, complotée par les grands, et qui devait éclater en rentrant, "au moment où on arborerait un drapeau aux
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trois couleurs, formé de mouchoirs et de foulards fournis par des élèves. A peine dans la cour, et au signal convenu, la manifestation commence par des cris ; la cloche sonne pour la rentrée en classe, les cris redoublent et on ne lui obéit pas; on entoure, on menace le malheureux maître d'étude, qui ne sait plus oii donner de la tête et cherche en vain à reconnaître les meneurs dans Tobscurité, la nuit étant déjà venue; pour la première fois peut-être, M. Milleriot n'était pas là ; l'émeute avait donc le champ libre et semblait triomphante, quand tout à coup, la porte de la cour s'ouvre, une grande ombre apparaît et une voix, qui parut à tous le grondement du tonnerre, fit entendre ces simples paroles : « Qu'est-ce que cela? Allons, vite, en rang et en silence. » Elles suffirent à apaiser cette tempête d'écoliers; chacun courut à son rang, le drapeau de la révolte fut abandonné sur le champ de bataille, et le lendemain ce fut à qui ne reconnaîtrait pas le mouchoir ou le foulard qui lui appartenait et avait servi d'étendard à la révolte avortée.
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L'autorité de M. Milleriot était donc absolue, et nul n'eût osé, non pas lui résister, mais tenter seulement de la discuter; elle reposait moins toutefois sur une sévérité excessive que sur certaines habitudes de discipline auxquelles il avait su former les élèves, en s'elîorçant de leur inculquer son respect pour l'inviolabilité de la règle. On lui reprocha bien quelquefois de sacrifier les sentiments du cœur à cet amour de la règle, et de tomber même dans un formalisme austère qui excluait toute confiance et toute ouverture entre lui et les élèves; le reproche était exagéré. S'il n'avait avec eux rien d'aiandonné ni de tendre, il n'en était pas moins rempli envers ces chers enfants de la plus véritable bonté ; et cette bonté se manifesta plus d'une fois sous des formes touchantes, comme dans la circonstance suivante.
Une faute grave avait été commise et allait nécessiter le renvoi d'un élève. Le coupable, soit légèreté, soit perversion, avait déclaré n'avoir agi qu'à la sollicitation et sous la
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pression d'un camarade que M. Milleriot ayMt toute raison de croire innocent; il fait appeler ce dernier, un soir, dans sa chambre. L'élève s'y rend fort ému de cet appel insolite; il trouve le directeur avec un visage sévère, qui de suite se pose en juge et l'interroge froidement. L'élève répond, mais, naturellement timide, il se trouble à la pensée du soupçon qui pèse sur lui, et ses réponses manquent de cette assurance et de cette netteté qui portent avec elles la conviction. C'est alors que M. Milleriot, pressé tout à la fois par le besoin de savoir la vérité afin de demeurer dans la justice, et d'établir l'innocence de l'enfant qui l'intéressait, s'abandonna à l'inspiration de son cœur et prit la voie qui pouvait seule le conduire à la certitude; entourant le pauvre enfant de ses bras et le pressant sur sa poitrine, il lui parle de sa mère qu'il venait de perdre, de son père qui n'avait plus que lui pour coiisolation, et avec des accents si émus et si pénétrants, que l'âme de l'enfant se fondit dans la sienne, et sa justification ne fut plus diffi-
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cile. Devenu homme, il dit avoir gardé une ineffaçable impression de cette scène de délicate et tendre bonté, qui révélait chez ce maître un peu redouté une sensibilité d'âme qu'on n'était pas toujours disposé à reconnaître.
Ce fut vers ce temps et quand il dirigeait encore le petit collège, que l'abbé Milleriot eut à s'occuper particulièrement d'un jeune homme dont il raconte en ces termes l'édifiante histoire.
«L'abbé Auge, saint homme s'il en fût (1), m'envoya parmi mes petits élèves, pour faire son éducation, un garçon de vingt-quatre ans, ancien cordonnier, ancien trappiste, que le Père abbé, dom Couturier, jugeait appelé à l'état ecclésiastique. Il ne se trompait pas, comme on va le voir, mais l'abord
(1) M. Auge, docteur de Sorbonne, ancien Ticaire général et ancien supérieur du petit séminaire de Boulogne, avait été élève du collège Louis-le-Grand, après la suppression de la Compagnie de Jésus, et avait eu pour condisciple Maximilien Robespierre. .
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du pauvre homme n'était pas en sa faveur :
laide figure, manières rustiques, langage à l'avenant; par la force des choses, tout à la charge du collège. Je l'avoue, le premier mouvement fut chez moi un vif mécontentement. Néanmoins, je ne fus pas cette fois si bourru qu'à l'ordinaire. Surmontant, par la grâce de Dieu, la répugnance que j'éprouvais, je me calmai et je témoignai quelque bonté à ce pauvre hère. Je voulus même, le lendemain, le prendre avec moi pendant que je conduisais en promenade mes jeunes élèves. Alors je lui fis raconter son histoire.
a Bientôt je découvris des trésors dans son âme. La moindre de ces vertus était une innocence parfaite, une pureté angélique:
Avec cela un amour, un zèle des âmes, un esprit de pénitence admirable.
« Dès lors je fus subjugué; je me chargeai à moi seul de son instruction, je lui appris le latin tant bien que mal; je me fis son défenseur à l'égard de mes collègues qui, ne le connaissant pas, le jugeaient selon les apparences, comme un minus habens, inca-
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pable de parvenir au sacerdoce. Et vraiment, en cela, mes amis étaient fort excusables.
« Je n'en persévérai pas moins dans mon entreprise, et je le fis entrer au grand séminaire, oii il étudia la philosophie comme il put et apprit la théologie d'une manière telle quelle. Devenu prêtre, il fut placé successivement dans trois paroisses, pauvres paroisses d'un pauvre diocèse. Là, son zèle se développa tout entier; il décuplait les pâques, il faisait faire la première communion à des jeunes gens de dix-huit à vingt-cinq ans et gagnait à Dieu les vieux retardataires qu'il convertissait au moins à la mort. Lorsque les curés voisins lui demandaient comment il s'y prenait pour opérer ces espèces de miracles, il se contentait de répondre :
Je fais comme je peux.
« En réalité, il faisait beaucoup. Longues oraisons, nuits entières passées en prières à ofîrir ses austérités pour la conversion de ses chers paroissiens. Il se donnait la discipline et portait un terrible cilice.
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« — Comment pouvez-vous, lui disais-je, supporter de pareilles douleurs ?
« — Oh ! me répondait-il, si vous saviez comme c'est doux ! Et puis je dis au bon Sauveur : Mon Jésus, c'est pour convertir les pécheurs.
« Plus tard, l'abbé Papin, — c'était son nom, — vînt à Paris, où il vécut avec sa vieille mère au moyen de ses honoraires de messes et de quelques ressources, jusqu'à ce que, se sentant appelé à se dévouer au salut des soldats de Crimée, il partît, comme aumônier auxiliaire, et ne tarda pas à mourir du choléra. »
Le nom de cet obscur héros devait trouver ici place, auprès de celui du P. Milleriot, le maître et l'ami de cet autre curé d'Ars.
Le collège Stanislas ressentit le contrecoup du choléra qui désola Paris, en 1832.
La classe de philosophie, par suite de la maladie régnante, ne conserva même que deux élèves qui, il est vrai, soutinrent vaillamment l'honneur de tous, en obtenant
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trois mentions au concours général. C'est à cette époque douloureuse que se rapporte un trait raconté souvent depuis par le P. Milleriot.
« Sur la place de Grève, disait-il, pendant le grand choléra, le peuple, égaré par des rumeurs, criaient : Â mort les empoisonneurs! Déjà, sous mes yeux, une victime venait d'être faite. Un moment après, deux hommes échangent quelques coups de poing. L'un d'eux se sauve. On crie : Â l'empoisonneur!
Ce fut son arrêt de mort. Des furieux se jettent sur .lui ; il est couvert de sang, foulé aux pieds; on l'entraîne pour le jeter à la Seine ; les uns crie nt : Vengeance d'autres : Justice! Je vois encore ce malheureux, les yeux crevés, la bouche béante, affreusement défiguré. Une minute après, on le précipitait du haut du pont d'Arcole. J'étais déguisé; je m'approche et je lui donne l'absolution. »
Dans ces moments de péril, Louis Milleriot montrait déjà ce caractère calme, énergique, vaillant, dont il fera preuve plus tard aux tristes jours de la Commune.
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Vers l'année 1834, M. Milleriot fut appelé au grand collège pour y exercer les difficiles fonctions de préfet de discipline. Ce titre,, sans lui créer précisément des devoirs nouveaux, sembla le rendre encore plus rigoureux à l'application de la règle. En face des aînés de la maison, il se sentait sur un terrain moins facile et plus résistant; les volontés étaient moins souples, les caractères moins uniformes, les côtés bons ou mauvais de l'homme commençaient à s'accuser, et il fallait, pour les façonner, encore plus de soin et de sollicitude. La vigilance du nouveau préfet grandit encore devant ces exigences, et son intelligente activité n'eut plus de repos (1). De jour et de nuit, on eût dit qu'il était partout à la fois et qu'il possédait le don d'ubiquité, tant il semblait impossible d'échapper à cette surveillance qu'il exerçait
(1) Un historien célèbre, membre de l'Académie française, ancien élève de Stanislas, nous disait naguère que, pour caractériser d'un mot expressif cette activité incessante de l'abbé Milleriot, ses élèves lui donnaient tout bas entre eux le surnom de fourmi.
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d'ailleurs avec des procédés à lui. Ainsi que de fois ne le voyait-on pas, pendant la longue étude du soir, arriver à l'improviste juste à l'heure oh. il savait que la fatigue engourdissait maîtres et élèves, et amenait d'inévitables relâchements dans- la discipline. Ouvrant la porte brusquement, il apparaissait tout à coup et, sans dire une parole, promenait un rapide regard sur tous les bancs. Un élève faisait-il un mouvement, il allait droit à lui, et toujours, ou presque toujours, il le trouvait en faute, lisant un journal, un livre défendu, organisant un jeu avec le voisin, ou faisant la cuisine au fond de son pupitre sur une veilleuse.
Déjà, au petit collège, M. Milleriot se mêlait beaucoup aux jeux des élèves; il continua à le faire avec les grands. Il excellait à la balle et au cerceau, et ce dernier jeu était poussé à Stanislas à une véritable perfection. Qui ne se rappelle, parmi ses anciens élèves, l'avoir vu, dans une partie de barres au cerceau, rester seul de son camp, ayant à ses trousses tout le camp opposé qu'il déroutait,
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dépistait et mettait sans cesse en défaut par de savantes évolutions dans lesquelles il déployait une étonnante agilité et tirait un merveilleux parti de sa soutane dont il faisait un rempart à son cerceau! Mais un coup était-il douteux, il ne cédait pas volontiers; les méchantes langues prétendaient même qu'il n'aimait pas perdre. — Parfois aussi un tournoi à la balle s'engageait entre lui et un professeur d'histoire qui eut une certaine célébrité, Théodose Burette; c'était fête ce jourlà dans la cour; des deux côtés du jeu les élèves faisaient galerie, jugeant et applaudissant les coups.
L'abbé Milleriot, nous écrit l'un de ses anciens élèves, préludait ainsi à son entrée dans la Compagnie de Jésus, dont les maisons d'éducation présentent aussi ce touchant spectacle des maîtres partageant les jeux des enfants; il y préludait peut-être également dans le choix des livres oîi il puisait les lec-« tures spirituelles qu'il faisait aux rhétoriciens; presque toujours c'était Bourdaloue qu'il lisait et commentait avec une élévation
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de vues, une abondance d'idées et une sagesse pratique qui pouvaient faire pressentir ce qu'il serait un jour dans la direction spirituelle de la chaire. Cependant à cette époque il ne prêchait jamais, il se contentait d'expliquer le catéchisme ou l'évangile sobrement et même un peu froidement, et quand on lui disait : « Mais, monsieur Milleriot, pourquoi ne prêchez-vous pas? »
Il répondait : « Je ne prêcherai qu'à quarante ans; ce n'est pas trop pour m'y préparer. » Au petit collège, pendant un long et rigoureux hiver, on put cependant juger des infinies ressources de ce solide esprit, dans un récit improvisé et de pure imagination qu'il faisait chaque jour aux élèves, à la récréation du soir qu'on leur donnait dans le réfectoire. Il racontait un voyage fantastique, où il avait entassé les incidents les plus burlesques et les plus dramatiques, et il avait si bien su intéresser et captiver son mobile auditoire, qu'il n'y avait plus pour celui-ci de vraie récréation que celle oii il devait entendre son merveilleux narrateur.
L'Ilivep suivant, les circonstances n'étaient plus les mêmes, et l'on ne put obtenir de lui de reprendre le récit interrompu.
Mais c'est surtout dans ses habitudes de vie que l'abbé Milleriot préludait à son entrée dans la vie religieuse. Il consacrait presque toutes ses heures de liberté à la méditation et à la prière ; et, pour les passer dans un recueillement et un silence plus profonds, pendant qu'il était au petit collège, il s'était ménagé dans un grenier attenant à sa chambre un modeste oratoire ayant une ouverture dans la chapelle, par laquelle il pouvait apercevoir le saint Tabernacle.
Son temps et ses occupations étaient aussi méthodiquement distribués qu'ils le furent plus tard, lorsqu'il se plaça sous la règle de saint Ignace; dans tout* ce qui regardait la vie matérielle, il était, dès cette époque, d'une austérité monastique, acceptant souvent et même recherchant toutes sortes de privations. Ainsi, au grand collège, on lui avait confié un chambriste (qui n'était autre que le fils du duc de Castries); or, pendant
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les froids rigoureux de l'hiver, il y avait du feu dans la cheminée de l'élève, tandis que celle du maître n'en avait à peu près jamais.
M. Milleriot ne resta guère plus de cinq ou six ans préfet de discipline au grand collège; son gouvernement parût-il un peu trop absolu pour cette génération plus indépendante par l'âge et par les idées? Toujours estil qu'à la suite de quelques difficultés, le directeur du collège, M. l'abbé Auge, crut devoir lui demander de retourner au petit collège; il y rentra avec l'humble simplicité du véritable homme de Dieu, qui sait entendre sa voix dès qu'un supérieur a parlé.
Vocation religieuse. — Premier apostolat.
Depuis plus de vingt ans, le préfet de Stanislas aspirait à la vie religieuse. Il s'était senti appelé à la Compagnie de Jésus, dès le jour où il avait rencontré le vénérable P. Billy, qui lui avait fait le meilleur accueil. Mais le jeune prêtre avait trouvé sur sa route mille obstacles qui retardaient indéfiniment l'accomplissement de son généreux dessein.
Une circonstance fortuite vint tout à coup aplanir les voies. M. Milleriot, ayant besoin de remplacer un jeune surveillant, se rendit auprès d'un Père de la Compagnie, auquel il désirait parler de cette affaire et demander conseil. « Je me levais pour prendre congé, raconte-t-il, quand tout à coup me ravisant
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sans y avoir préalablement pensé, sans trop savoir ni pourquoi ni comment, je m'ouvris à lui de mon désir d'entrer dans la Compagnie de Jésus, désir qui datait de vingt et un ans et que je n'avais pu réaliser jusquelà. Le Père m'écouta très attentivement, approuva mes dispositions et me promit d'en parler au Père provincial. — Mais, lui disje, le supérieur du collège Stanislas, que j*ai déjà entretenu de mon projet, trouve que j'ai trop da volonté pour être Jésuite. Quant à moi, ajoutai-je, ma volonté est de me faire broyer en entrant dans la Compagnie, qu'en pensez-vous! — J'en pense bien, me répondit-il, ce sont des hommes taillés comme vous qui nous conviennent.
« Quelques jours après, le R. P. Guidée, provincial , m'écoutait , m'interrogeait et m'inscrivait pour entrer au noviciat de Saint- Acheul, aux vacances prochaines. — Mais vous ne me connaissez point, mon Révérend Père? — Je vous admets. » Et tout fut dit.
Ce fut le 10 septembre 1841, après avoir
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dit adieu au collège Stanislas, dirigé depuis un an par M. Gratry, que l'abbé Milleriot partit pour Saint-Acheul. Il nous a laissé un récit assez plaisant d'une petite épreuve qui vint tempérer un peu sa grande joie. Il avait fait son sacrifice avec la belle humeur et la crânerie militaire qu'il apportait à toute chose, et il entendait bien ne pas donner, au dernier moment, quelque signe de faiblesse. Le cœur, en efTet, resta ferme et vaillant, mais on pouvait en douter à voir son visage. « Le lendemain matin, dit-il, sur le chemin d'Amiens à Saint- Acheul, subitement, sans cause extérieure, j'éprouve dans l'œil gauche un mal assez violent. Etaitce un coup d'air? Etait-ce un coup de démon? Quoi qu'il en soit, j'entre et me présente piteusement au R. P. Rubillon (1), les yeux en larmes. Suivant l'usage, il m'interroge et me demande entre autres choses :
a — Avez-vous une bonne santé?
(1) Le R. P. Rubillon, alors maître des novices, puis provincial de France, est aujourd'hui assistant du T. R. P. général.
« — Magnifique !
« — Êtes-vous quelquefois malade?
« — Tous les vingt-cinq ans.
« — Supportez-vous facilement le jeûne?
« — Je ne déjeune jamais, mais si vous me commandez de déjeuner tous les jours, je -le ferai.
« Le Père fut édifié de cette réponse, comme je l'ai su depuis. »
Cependant il fallait que la vocation surnaturelle devînt manifeste et que le choix motivé du postulant fût contrôlé par l'expérience et confirmé par le supérieur. Louis Milleriot, suivant l'usage, se mit donc en retraite et, après plusieurs jours de méditations et de prières, il écrivit ces lignes que nous reproduisons, afin qu'on puisse apprécier les généreux motifs qui le poussaient à cette vie nouvelle
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