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LE BAISER DE LA MORTE

Les fleurs ont peur de la gelée, Et les étoiles seules voient la mort des fleurs, la nuit.

Un homme a passé sur le chemin.

Comme il est triste !

Ma sœur, quel est cet homme

Oui est si triste sur le chemin ?

Une morte s est levée de son tombeau, l'autre nuit. Parce que la nuit était belle.

42 CJmnsons dit Cobzar

Et la morte était si heureuse de revoir la terre Qu'elle a tout baisé sur son passage : Les fleurs près de sa tombe, Et les fleurs se sont flétries ; Et la margelle du vieux puits, Et le vieux puits a senti tomber une pierre en lui, Quand la morte a baisé sa margelle.

Et la morte a rencontré un homme Qui était sorti de la maison, la nuit, Parce que la nuit était belle.

Et la morte a baisé cet homme sur la lèvre.

Quand le vent passe dans les foins fauchés, Les foins regrettent de n'être plus debout, Pour recevoir le passage du vent.

Il )' avait une pierre dans la rivière, et la rivière a tant

coulé sur elle Que la pierre sait par cœur Toutes les chansons de la rivière.

Quand l'herbe est haute, elle vient jusqu'aux ceintures

Des jeunes filles.

Et la morte a baisé cet homme sur la lèvre, Et cet homme ne peut plus ni boire, ni manger

A cause du baiser de la morte.

Et s'il dormait nul n'oserait le regarder dormir A cause du baiser de la morte.

Chansons du Cobzar 43

Et le baiser du sommeil ne baise plus son front,

A cause du baiser de la morte.

Et cependant, il ne dit jamais : Morte, morte.

Pourquoi m'as-tu baisé sur les lèvres?

Je ne puis plus ni boire ni manger.

Puisque tu m'as baisé.

Il dit : Que l'herbe soit murmurante sur ta tombe,

Comme si des oiseaux chantaient en elle,

Et que tu gardes longtemps dans la tombe

Le souvenir de la terre et de ta maison,

Et des pleurs de ceux qui t'ont pleurée,

Et des gémissements qui ont gémi sur toi.

Et que ta poussière soit féconde comme les entrailles de

ma mère.

Et que la terre se réjouisse d'elle.

Et cet homme a eu sur ses lèvres le baiser de la morte,

Et cet homme ne peut plus ni boire, ni manger.

Les fleurs ont peur de la gelée Et les étoiles seules voient la mort des fleurs.

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