LE SOLDAT OUI PASSE
Le soldat était fatigué; je lui ai dit de s'asseoir.
Il a bu dans ma cruche. Je lui ai dit : Es-tu désaltéré?
Et le soldat a regardé mes yeux.
Et j'ai regardé son sourire.
Les maïs étaient pleins de soleil, Le soleil enrichissait ma quenouille Et ma ceinture avait des perles rouges. Mais le soldat est parti
CJiansons du Cobzar 55
Après av'oir bu l'eau de ma cruche Et avoir assis sa fatigue à mon seuil. Et mon seuil me dit : C'est ici que s'est assise sa fatigue.
Et mon cœur se souvient de son sourire. Si tu passes encore par la route que voit ma maison, Ne t'arrête plus, Puisque tu devras repartir.
Va boire à la rivière et t'asseoir dans la forêt, Car mon cœur aurait deux chagrins Si tu revenais encore.
J 'aime le brave et son nom est doux à se rappeler. Comme la cloche du dimanche.
Les petits enfants le regardent passer.
Le soleil le verra mourir.
Il mourra en pleine lumière, au grand jour,
Et son âme sera joyeuse
De quitter la terre au grand jour.
J 'aime le brave.
Et il te sera doux l'amour de la jeune fille, sans que tu
le saches
Car la jeune fille est comme l'étoile
Oui brille pour tous
Et brûle pour elle seule, Et tu mourras sans savoir l'amour Quoique tu aies bu dans ma cruche
Chansons du Cobzar
Et assis ta fatii^'i-ie à mon seuil.
J'aime le brave.
Le soldat était fatigué; je lui ai dit de s'asseoir.
Il a bu dans ma cruche; je lui ai dit : Es-tu désaltéré?