A MON ENFANT
Tu l'as trop année, cette terre.
Et clic fa prise dans son sein, Pour qutinc terre étrangère ne t'arrache poifit à elle, Etçîie nulle couronne étrangère ne pèse à l'or de tes cheveux
Elle t'a arraché à moi, cette terre.
Elle t'a prise, chère enfant du soleil.
Et depuis des atuiées Je de?neure auprès de ta tombe. Mais ta tombe ne )é pond pas.
Dédicace de Carmen Sylva
Elle se tait devant 7noi, Et je me tais alors, car via souffrance est7nuette. Ils 7)1 ont demandé : Songes-tu parfois à elle? Et j'ai répondu : A^oJi, je ne le saurais. Et je chasse son souvenir.
Et to7i souve7iir, je le chasse, Parce qu'il n'a pas meu7'tri 7non corps Aussi bie7i que 77W7i âme.
Mais l'o7i 7)1 a dit : C'était so7i droit pourià7tt, Tu dois t'en souvenir I Et niainte7ia7it je songe à toi.
Et il me se77îble que j'ai ar7'-aché Le glaive enfoncé da7is mo?i cœiir.
Il 7ne se77îble que le sa7ig coule.
Et tu 71 es plus là.
Avec tes gra7ids yeux célestes qui plo7ioeaient dans les miens. Et tu 771C demandais : Es-tu heu7^eîise, mèt'e? Alo7's que j'avais la 7iostalgie dans l'â7ne Et le tou7'77ient de 7i avoir point de fils. Et com7)ic U7i appel du ciel, ta p7'iè7'e e7fa7iti7ie disait : E7ivoic U7i f7'cre, ô cher bon Dieîi, Envoie 77ic7tie deux petits e7fa7its, E'u7i sera pour 77ia 77iè7'e, E'aut7'e se7'a pour moi.
Et qua7id le soleil entrait dans notre chambre ,
Dédicace de Carmen Sylva
Elle criait : Cher soleil.
Je baiserais avec tant d'amour le petit rayon de soleil ; Et tiù t'agenouillais sur le plancher y
Tic baisais le rayon de soleil Parce qu'il baisait tes cheveux d'or.
Au lever de la huie tjc courrais vers moi et tu disais : O ?nère, vière.
Le soleil s' ensoleille y il ensoleille le ciel, Et le soir ?ious restions auprès de la fenêtre, Et nous voyions les voitures par centaines passer avec leurs
htmicres.
Et tu, disais : Regarde, mère, vois comme les étoiles sont
nombreuses , Et dans le ciel et sur la terre.
Et les chevaux courent parmi les étoiles. O laisse-moi chevaucher une étoile.
Petite mère.
Et tu vis le vautour dévorer un cheval, Tu avais des larmes dans les yeux ; Et tu crias : Si le grand aigle Voulait dévorer ma petite mère.
Je dirais au grand aigle :
Dévore-moi aussi.
Et je disais : Enfant, que tes joues sont rouges. Et tu disais : Le soleil les baisa.
Dédicace de Carmen Sylva
Quand je te condtcisis aux bords du Rhin Tu t'écriais ioujo2irs :
Est-ce bien là le Rhin, est-ce là le Rhin de via mère? Pourtant tu demandais à retourner vers ta maison, Car ma patrie 7i était pas ta pairie, O mcrx, viens à la maison chez nous : Viens : çu'on attelle huit cJievaux et que le postillon Nous recondjcisc chez nous à la maison. Dans la montagne tu savais chagtie sentier,
Et tu courais joyetùse comme l'oiseau vole. Et tu franchissais le ruisseau,, et tu jouais Avec les flots, avec les fleurs ; Et tu riais de voir la rosée si é t incelante , Tu saluais la forêt en auto7nne :
Adieu, 7nontagnes, arbres, torrents.
Adieu à tous !
Et tu les embrassais tous et vers tous tu tendais les bras. Je veux que tout, tout soit heureux.
Oui, je vous ferai heureux tous.
Mais lorsque vint l'hiver, lorsque les autres enfants mourraient Dans tout le pays. Ton cher visage s'affina Tes yeux devinrent grarids et tristes.
Et tu disais : Est-ce que la gelée Descendra des étoiles oie le bon Dieu demeure
Dédicace de Carmen Sylva
Pour me glacer?
O non, ne me mettez pas dans le petit Ut, Car alors je m'y endormirais et je ne me réveillerais plus. Donnez-moi de l'eau du Pelesch, De l'eau fraîche, de l'eau bonne, de l'eaic claire. Tu 7mtrmîù)'as dans la dernière nuit :
Fini, tout est fini !
]\Iettez-77ioi dans la belle voiture Où ceux qui dorment devioinent bien poitants; Mcttez-vioi dans la belle voiture à dormir sous les anges d'or. Fini, tout est ^nii, as-tu dit cette nuit-là.
Je me suis souvoiu !
C'était ton droit, ô mon enfant.
J'ai arraché le glaive, Vois : la blessure est toute fraîche encore I^ sang palpite et je le croyais froid. Ma mai?i tressaille ; je me suis souvenue,
Mais la révolte s'éveille aussi Et je blasphème contre cette terre.
Cette terre qui t'a prise à moi.
Voici, soudain la terre s'est entr' ouverte,
Elle 7ne mo7itre da7is so7i sei7i
Tout le trésor de ses cha7isons.
Et je 7ie sais plus l'cbando/i,
Dédicace de Carmen Sylva
Et j'ai oublié le silence Qui m'oppressait.
Le sein de la terre s'est ouvert largement. O 77ion eyifant, de ta poussière sacrée^ Toutes les chansons ont fleuri.
Les chatisons de cette terre que tu as tant aifnc'e.
Nulle couronne étrangère ne pèsera Sur l'or de tes cheveux;
Tu ne demeureras point solitaire Dans qîielque pays étranger.
Car tu as trop aimé cette terre Et elle t'a prise dans son sein, Toi, la chère enfant du soleil !
DÉDICACE