‹ Le Rhapsode de la DàmbovitaChapitre 24 sur 94 · LE COLLIER DE LARMES · texte numérisé non relu

LE COLLIER DE LARMES

Le cobzar a chanté à ma porte Et j'ai écouté sa chanson.

Et je kii ai dit : Chante encore.

Mais le cobzar ne sait qu'une chanson.

L'enfant voulait se faire un beau collier d'argent, Qui brillât comme la lune et la rivière Sous les yeux de la lune.

Elle demanda à la rivière : Me donnes-tu ton flot? Elle demanda à la lune : Me donnes-tu ton re^rard? Et la lune a dit : La nuit a besoin de mon regard.

78 CJiansous du Cohzai

Et la rivière a dit : La plaine a besoin de mes flots. L'enfant voulait se faire un beau collier d'argent

Et les hommes lui dirent : Prends nos larmes Pour te faire un collier d'argent.

Et chacun lui donna sa larme la plus chère, Et les larmes étaient heureuses De parer le cou de l'enfant.

Et les larmes disaient entre elles :

Oui es-tu, sœur, et de quel cœur viens-tu?

Et chacune parlait du chagrin de ce cœur,

Et chacune se trouvait plus triste que sa sœur. Et l'enfant avait un collier de larmes Plus argentées que l'eau de la rivière.

Plus argentées aussi que le regard de la lune. Mais quand l'enfant mit son collier, Les larmes disaient leur histoire Et devenaient si lourdes, si lourdes.

Que l'enfant mourut sous leur poids

Et le collier pesant appesantit sa tombe.

Le cobzar a chanté à ma porte Et j'ai écouté sa chanson.

Et je lui ai dit : Chante encore.

Mais le cobzar ne sait qu'une chanson.

NEVASTA GRAXICERULUI

Savez- vous ce que disent les moissons?

Nous avons trop aimé le soleil, Et l'on nous fauchera puisque nous avons trop aimé le

soleil.

Il dormait sous le tilleul qui regardait son sommeil. Il revenait de la bataille.

La femme du SJrJe-frouiière.

8o Cliausons dii, Cobzar

Il apportait avec lui l'odeur du sang

Et les fleurs étaient tristes, Puisque le vent préférait l'odeur du sang

A leurs parfums.

Ah! jeune soldat qui revenais de la bataille,

Tu ne m'auras pas vu passer Près de toi avec le murmure du loin mûr. Car tu rêvais de la bataille Et tu aimes mieux ton épée Que mon regard.

Comme l'aiMe aime mieux le soleil Que son nid.

Et la chaumière te paraîtra sombre après la joie De te battre et de courir sur les morts. Et tu préféreras ta blessure à mon baiser. Et tu me demanderas de te donner un fils

Oui aille aussi à la bataille.

Ton cheval est rapide comme le nuage Au souffle de louragan, Et les femmes n'ont pas le temps de sortir sur leur seuil Pour te voir passer Que tu es déjà loin Car tu n'aimes pas la paix des seuils.

Ton épée sait que tu l'aimes Et te dit d'oublier l'amour d'une femme

Chansons du Cobzar 8i

Et de ne point toucher son voile.

Quand reviendras-tu vers ta maison ?

Le matin s'étonne de ne point t'y trouver, Et le soir dit : N'est-il pas venu encore? Je balance les berceaux d'une main paresseuse

Et je songe qu'il est à la bataille.

Oui lui donnera à boire? Gai chantera pour l'endormir?

Qui gémira sur lui quand il mourra?

La plaine est grande et les oiseaux la traversent,

Et mon cœur aussi.

Mais tu n'aimes pas l'amour de mon cœur. Ton cheval passe si vite que la lune n'a pas le temps de

sortir du nuage Pour le voir passer Qu'il est déjà loin.

Mais tu n'aimes pas le calme de la lune

Et tu dors sur la terre En songeant qu'elle sera ta tombe.

Et tu te réjouis comme la pluie De savoir que tu entreras dans la terre. Ma voix se tait car je n'entends plus la tienne, Mes pas sont las de ne plus suivre tes pas Je ne mets pas de fleurs à ma ceinture Et mon collier s'endort de n'entendre pas battre mon cœur Ton cheval court si vite qu'à peine j'ai pu écarter mon voile

CJiansons du Cobzar

Pour le regarder passer.

Que tu étais déjà loin.

Savez-vous ce que disent les moissons.-' Nous avons trop aimé le soleil, Et l'on nous fauchera, Puisque nous avons trop aimé le soleil.

CHANT DU IIAIDUCK

La nuit sait ma chanson et l'a dit aux étoiles,

Et les étoiles la trouvent si belle Qu'elles reviennent chaque nuit pour me l'entendre chanter.

Vois-tu pousser les blés verts sur la terre brune?

Non, tu ne les vois pas pousser, et cependant ils poussent.

Ainsi fait l'amour dans le cœur des jeunes.

Le haïduck avait sur sa lèvre

Le baiser de sa bien-aimée

84 C/muso)is du Cobzar

Et le vent voulut le lui prendre pour l'emporter avec les

feuilles mortes.

Le vent disait : Donne moi son baiser j'en ferai une étoile. Mais le haïduck disait : Le baiser de celle que j'aime

Est entré dans mon sang Et je le garde sur ma lèvre et je ne le donnerai pas. Et le haïduck s'en alla par toute la terre avec le baiser. Il alla dans les villages oi^i les filles dansaient en rond, Et sur les ponts qui regardent couler les rivières,

Et sous le soleil et sous la lune,

Jusque dans une plaine blanche Comme s'il y avait plu des plumes de colombes.

Et là-bas il vit une femme blanche

Oui lui prit le baiser de sa fiancée Et le mit dais sa ceinture comme une fleur . Et lors le haïduck se coucha sous la terre, Parce que la femme blanche dans la plaine blanche

Lui avait pris sur la lèvre

Le baiser de sa bien-aimée.

La nuit sait ma chanson et l'a dit aux étoiles,

Et les étoiles la trouvent si belle Qu'elles reviennent chaque nuit pour me l'entendre chanter.

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