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CHANSON DE MORT

Les jours longs ont passé, les longs soirs sont venus. Et nous chantons auprès du feu les guerriers morts, Et leurs âmes chantent autour de nous.

Tu t'en allais par les blés verdissants qui sortaient des

sillons, Et le ciel était clair et sur le seuil de ta porte Le voile de l'épouse flottait.

Où est ta tombe ? Qui nous y conduira ?

io6 Chansons dit Cobzar

Et le vent est triste pour av^oir passé sur ta tombe

Et la lune est pâle de t'avoir vu mort. Et le foyer est heureux de ta mort, puisqu'on lui chante

des chansons où l'on te bénit.

Ton cheval a passé dans les blés verdissants, La forêt a entendu ton pas ; La forêt garde ton souvenir, Et le puits s'étonne de ne plus voir ton image

Qu'il faisait trembler.

Et le cœur de l'épouse est froid, comme un seuil abandonné,

Comme une plaine sans ruisseau.

Et jamais plus le cœur de l'époux ne battra pour faire

battre ton cœur, Ni tu n'entendras plus sa voix qui se lamente,

Comme un berger pour sa brebis, Comme un arbre en automne pour ses feuilles qui s'en vont.

Oh. est ta tombe? Qui nous y conduira? Le chemin de ta tombe serait plus doux à suivre

Que les chemins couverts de fleurs.

Car il est doux de te pleurer et nos pleurs coulent Comme la source des montagnes Où boivent les troupeaux assoiffés.

Et nous ne nous inquiétons pas de l'abondance de nos

pleurs, Sachant que nous en aurons toujours à te donner.

Chansons du Cobzar 107

Ht nous disons au voyageur qui passe ; C'est ici ta maison .

Et le voyageur dit : Comme sa maison le pleure! Quel était cet homme que l'on pleure tant? Et nous lui contons ce que tu étais pour nous. Et le voyageur pleure de savoir ce que tu étais pour nous. Car tu as partagé nos ombres et nos soleils, Et les jours d'orage n'ont point changé ton sourire

Oui attendait les jours plus clairs.

Et nos cœurs faibles ne changeaient pas ton cœur, Et nous t'entendions parler de nos destins, Et nous apprenions à les suivre avec un sourire.

Où est ta tombe? Qui nous y conduira?

Quelle lumière nous rendra ta présence.

Quel printemps nous consolera d'avoir vu se flétrir ta vie?

Quel nid chantera près de ta maison.

Pour qu'elle cesse de pleurer?

Et le ciel était clair, et sur le seuil de la porte Le voile de l'épouse flottait.

Les longs jours ont passé, les longs soirs sont venus. Et nous chantons auprès du feu les guerriers morts. Et leurs âmes chantent autour de nous.

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