‹ Le Rhapsode de la DàmbovitaChapitre 39 sur 94 · LA CHANSON DU HAÏDUCK · texte numérisé non relu

LA CHANSON DU HAÏDUCK

Je dis aux forêts ce que je vois dans mes rêves. Et les forêts aiment le récit de mes rêves Mieux que le chant des oiseaux, Mieux que le bruissement de leurs feuilles.

Les chaumières ont voulu m'arrêter car leurs fenêtres

étaient ouvertes.

Et l'on y voyait le sourire des jeunes filles. Mais je suis le haïduck qui aime la longueur des chemins

Et le galop de son cheval.

jVIa mère m'a mis au monde, par un jour de soleil, Et si je n'avais jamais aimé je serais heureux. Je chante à l'heure du lever de la lune Et je connais tous les récits des vieux. Et je fais danser les jeunes au bruit de mes récits,

Car j'ai aimé une femme étrange Qui revient chaque nuit me baiser sur le front

Et me demande si je l'aime encore.

Elle porte un couteau à sa ceinture et ses yeux luisent

Comme les poignards.

Et sa main est blanche comme le voile de l'épouse.

Et je n'entends jamais sa voix; Mais je sais qu'elle me demande si je Taime encore. Et pour le lui prouver je lui donne ma ceinture

Et ma câciulâ ornée de plumes, Et mon manteau brodé, et mes poignards luisants. Je lui donne mes chansons, une à une, Et les plus gaies ne la font pas sourire. Et les plus tristes ne l'attristent pas. Et elle s'en va en traversant la rivière sur le petit pont

qui ploie Et les saules s'inclinent sur son passage; Et au matin je suis pauvre et tremblant Parce qu'elle m'a tout pris,

Chansons du Cobzar

Même mes chansons Et qu'elle veut toujours savoir si je l'aime encore.

Je dis aux forêts ce que je vois dans mes rêves, Et les forêts aiment le récit de mes rêves

Mieux que le chant des oiseaux Mieux que le bruissement des feuilles.

Sx\NS ENFANTS

Les enfants dorment autour des foyers.

Dieu bénit le sommeil des enfants, Et leurs rêves sont des fleurs d'or.

Fleurs des rêves d'enfants, Dieu vous bénit !

Je sais tant de choses à lui dire et je suis seule. Sa voix est dans tous les bruits que j'entends. Quand l'époux s'en va bêcher le maïs, je reste seule Et je pleure comme une veuve;

Chansotis du Cobzar 127

Car la femme sans enfants fait pitié même aux: veuves. Et leurs larmes se sèchent devant ses larmes Et les larmes qu'elle répand, Dieu ne les compte pas, Puisqu'elle n'a pas d'enfant pour les essuyer. Et ses jours, Dieu n'y prend pas garde, puisqu'il n'y a

pas mis le sourire de l'enfant; Et sa mort sera solitaire, puisque l'enfant n'y sera pas

pour l'embellir; Et sa tombe sera ignorée, puisque les pas des enfants

Font le sentier des tombes.

Ma prière n'est point écoutée, puisque l'enfant n'est pas là

pour dire : Mère, priez; Et mes blasphèmes m'accableront, puisque l'enfant n'est

pas là pour dire :

Mère, ne blas;)hém.ez pas.

Tout ce qui a des entrailles me comprend. Et je ne comprends pas la joie des entrailles. Et la vie a pour moi un mystère de plus que pour les

autres, Et le bonheur en moins, Je suis plus triste que les veuves, Et les veuves sont honteuses de pleurer devant moi Et toutes les douleurs en me voyant se disent : Taisonsnous, la voilà!

Chansons du Cobzar

Les enfants dorment autour des foyers, Dieu bénit le sommeil des enfants, Et leurs rêves sont des fleurs d'or.

Fleurs des rêves d'enfants, Dieu vous bénit.

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