LA CHANSON DU HAÏDUCK
Je dis aux forêts ce que je vois dans mes rêves. Et les forêts aiment le récit de mes rêves Mieux que le chant des oiseaux, Mieux que le bruissement de leurs feuilles.
Les chaumières ont voulu m'arrêter car leurs fenêtres
étaient ouvertes.
Et l'on y voyait le sourire des jeunes filles. Mais je suis le haïduck qui aime la longueur des chemins
Et le galop de son cheval.
jVIa mère m'a mis au monde, par un jour de soleil, Et si je n'avais jamais aimé je serais heureux. Je chante à l'heure du lever de la lune Et je connais tous les récits des vieux. Et je fais danser les jeunes au bruit de mes récits,
Car j'ai aimé une femme étrange Qui revient chaque nuit me baiser sur le front
Et me demande si je l'aime encore.
Elle porte un couteau à sa ceinture et ses yeux luisent
Comme les poignards.
Et sa main est blanche comme le voile de l'épouse.
Et je n'entends jamais sa voix; Mais je sais qu'elle me demande si je Taime encore. Et pour le lui prouver je lui donne ma ceinture
Et ma câciulâ ornée de plumes, Et mon manteau brodé, et mes poignards luisants. Je lui donne mes chansons, une à une, Et les plus gaies ne la font pas sourire. Et les plus tristes ne l'attristent pas. Et elle s'en va en traversant la rivière sur le petit pont
qui ploie Et les saules s'inclinent sur son passage; Et au matin je suis pauvre et tremblant Parce qu'elle m'a tout pris,
Chansons du Cobzar
Même mes chansons Et qu'elle veut toujours savoir si je l'aime encore.
Je dis aux forêts ce que je vois dans mes rêves, Et les forêts aiment le récit de mes rêves
Mieux que le chant des oiseaux Mieux que le bruissement des feuilles.
Sx\NS ENFANTS
Les enfants dorment autour des foyers.
Dieu bénit le sommeil des enfants, Et leurs rêves sont des fleurs d'or.
Fleurs des rêves d'enfants, Dieu vous bénit !
Je sais tant de choses à lui dire et je suis seule. Sa voix est dans tous les bruits que j'entends. Quand l'époux s'en va bêcher le maïs, je reste seule Et je pleure comme une veuve;
Chansotis du Cobzar 127
Car la femme sans enfants fait pitié même aux: veuves. Et leurs larmes se sèchent devant ses larmes Et les larmes qu'elle répand, Dieu ne les compte pas, Puisqu'elle n'a pas d'enfant pour les essuyer. Et ses jours, Dieu n'y prend pas garde, puisqu'il n'y a
pas mis le sourire de l'enfant; Et sa mort sera solitaire, puisque l'enfant n'y sera pas
pour l'embellir; Et sa tombe sera ignorée, puisque les pas des enfants
Font le sentier des tombes.
Ma prière n'est point écoutée, puisque l'enfant n'est pas là
pour dire : Mère, priez; Et mes blasphèmes m'accableront, puisque l'enfant n'est
pas là pour dire :
Mère, ne blas;)hém.ez pas.
Tout ce qui a des entrailles me comprend. Et je ne comprends pas la joie des entrailles. Et la vie a pour moi un mystère de plus que pour les
autres, Et le bonheur en moins, Je suis plus triste que les veuves, Et les veuves sont honteuses de pleurer devant moi Et toutes les douleurs en me voyant se disent : Taisonsnous, la voilà!
Chansons du Cobzar
Les enfants dorment autour des foyers, Dieu bénit le sommeil des enfants, Et leurs rêves sont des fleurs d'or.
Fleurs des rêves d'enfants, Dieu vous bénit.